Au XVIIIe siècle, porter des lunettes à Rennes relevait d’un parcours du combattant. On ne trouvait pas d’artisan spécialisé : c’était le quincaillier, parfois le colporteur de passage, qui proposait des verres grossissants montés sur des cercles de corne ou de fer.
Le savoir-faire reste concentré dans les centres urbains. Dans les bourgs alentour, l’accès à une correction visuelle fiable dépend longtemps des marchés et des foires. Aujourd’hui, on consulte votre opticien à Montauban-de-Bretagne pour un bilan complet en quelques minutes, ce qui aurait paru impensable il y a deux siècles.
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Le client essayait plusieurs paires à tâtons, sans examen de vue, et repartait avec celle qui lui semblait la moins floue.
Cette réalité locale illustre un basculement qui a pris trois siècles. Des bésicles posées sur le nez sans aucune tenue aux montures légères ajustées par un opticien diplômé, chaque étape technique a modifié la façon dont on corrige sa vision au quotidien.
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Lunettes et opticiens en Bretagne : un ancrage local ancien
Dès la fin du XVIIIe siècle, les villes bretonnes voient apparaître des artisans qui cumulent les métiers : horloger, orfèvre et lunetier. À Rennes, ces ateliers travaillent des montures en écaille de tortue ou en corne, façonnées à la main.
L’examen de vue normalisé n’existe que depuis le XXe siècle. Avant cela, le choix d’un verre reposait sur l’appréciation subjective du porteur, pas sur une mesure de réfraction.

Matériaux des montures de lunettes : du fer forgé à l’acétate bio-sourcé
On résume souvent l’évolution des lunettes à leurs formes. Sur le terrain, c’est le matériau qui a changé la donne pour le confort et la solidité.
Les matériaux historiques et leurs limites
- Le fer et l’acier (XVIIIe-XIXe siècle) : lourds, sujets à la rouille, ils laissaient des marques sur l’arête du nez après quelques heures de port
- L’écaille de tortue : plus légère et plus esthétique, mais cassante au froid et réservée aux clients fortunés
- La corne animale : bon marché, elle se déformait à la chaleur et jaunissait avec le temps
L’arrivée du plastique puis de l’acétate
Au milieu du XXe siècle, les résines plastiques transforment la production. On peut mouler des formes variées, colorer la monture, la produire en série. Le coût baisse, et les lunettes cessent d’être un objet réservé aux classes aisées.
L’acétate de cellulose, dérivé du coton, s’impose ensuite comme le standard des montures haut de gamme. Il se travaille couche par couche, ce qui permet des effets de couleur uniques.
Aujourd’hui, des fabricants testent des acétates bio-sourcés à base de ricin ou de bois, dans une logique de réduction de l’empreinte environnementale.
Verres progressifs et fusion Essilor : la révolution industrielle française de l’optique
Les concurrents parlent beaucoup des formes de montures. Ils passent souvent à côté du changement le plus radical pour les porteurs : l’invention du verre progressif en France.
Avant ce type de verre, les presbytes devaient jongler entre deux paires, une pour la lecture, une pour la vision de loin, ou accepter les sauts d’image des verres bifocaux à ligne visible. Le verre progressif supprime cette ligne et offre une transition fluide entre les distances de vision.
La fusion d’Essel et de Silor donne naissance à Essilor en 1972. Cette concentration industrielle permet d’investir massivement dans la recherche sur les traitements de surface (antireflet, anti-rayures) et d’abaisser le coût unitaire des verres techniques.
Plus tard, le rapprochement avec Luxottica en 2018 réunit sous un même groupe la fabrication de verres, de montures et une partie de la distribution.
Cette intégration verticale a redessiné toute la filière optique mondiale. Pour un opticien indépendant en Ille-et-Vilaine comme ailleurs, cela signifie négocier avec un fournisseur qui contrôle une part considérable du marché.

Lunettes connectées et recyclage : ce que change la décennie actuelle
On parle beaucoup de lunettes connectées comme d’un gadget technologique. Sur le terrain, la question qui se pose d’abord est celle de la vie privée. Des caméras miniatures intégrées aux branches peuvent filmer sans que l’entourage en soit informé.
Des recommandations existent pour rendre la captation perceptible, par exemple via un voyant lumineux ou un signal sonore. Mais aucun cadre réglementaire unifié ne s’applique encore à l’ensemble des modèles commercialisés, ce qui laisse un flou pour les utilisateurs comme pour les personnes filmées.
Que faire des anciennes paires de lunettes
L’autre enjeu concret concerne les paires inutilisées. Une monture jetée avec les ordures ménagères suit la filière classique des déchets, sans valorisation des composants. Plusieurs options existent :
- Le don à des associations qui redistribuent les lunettes dans des pays où l’accès à la correction visuelle reste limité
- Le dépôt dans un point de collecte chez un opticien, qui trie verres et montures pour le réemploi
- La réparation, encouragée par la logique anti-gaspillage, qui prolonge la durée de vie d’une monture de plusieurs années
Trois siècles séparent les bésicles en corne vendues sur les marchés rennais des montures en acétate bio-sourcé ajustées au dixième de millimètre.
Ce qui n’a pas changé, c’est le besoin de proximité : un opticien qui mesure, ajuste et conseille reste le maillon que ni le commerce en ligne ni la technologie embarquée n’ont remplacé.
Sources et repères
Pour les repères généraux de santé visuelle : Organisation mondiale de la santé, « Cécité et déficiences visuelles » (who.int).
