CULTURE. Paris a son exposition Au-delà du street art. A Rennes, rien de tel. Pourtant, l’art urbain (graffiti, collage, pochoir et même tricot sauvage) y est bien présent : poissons de War, géants de MTO… sa reconnaissance officielle serait-elle réservée à des fresques sages sur des murs « autorisés » ? Tarek, auteur de « Paris Tonkar », ouvrage de référence sur le sujet, nous donne son avis.

L’artiste

Tarek est auteur du livre Paris-Tonkar (1991, éd. Florent Massot) avec Sylvain Doriath. Il est aussi le rédacteur en chef du magazine du même nom, consacré aux cultures urbaines. Il expose jusqu’au 5 décembre à l’Escalier, 9 rue Poullain Duparc.

‹‹ La culture graff existe à Rennes. A la fin des années 90 et au début des années 2000, c’était tagué partout ! Après, la quantité de street art à Rennes équivaut à une ou deux rues à Berlin ou à Paris… en surface, c’est dix fois moins que la Croix-Rousse à Lyon !

J’ai déjà dit à la mairie que si elle voulait organiser un événement autour du street art, je pouvais faire venir du lourd, comme Invader. Mais il y a aussi des mecs actifs à Rennes, qui sont connus dans le monde entier mais pas localement.

Malheureusement, les artistes, et en particulier les street artistes rennais, ne sont pas très intégrés dans la politique culturelle de la Ville. Je ne sais pas pourquoi. Alors qu’on est partenaires de la biennale d’art contemporain du Havre !

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« Un beau tag, ça se respecte »

Je n’ai jamais vu d’artistes rennais à la Criée. Moi, j’ai toujours exposé dans galeries privées. Ca peut paraître étrange : je suis l’auteur d’un des livres de référence sur le sujet, j’habite Rennes, mais la mairie ne m’a jamais contacté. A côté de ça, je suis sollicité à Paris, à Genève, à New York… si ça se trouve, si j’habitais à Paris, Rennes m’aurait déjà invité trois fois.

J’ai rencontré une fois la personne qui s’occupe du graffiti à Rennes. Il voulait bien me donner un espace, mais il fallait que je travaille bénévolement. Alors que je gagne ma vie avec mes peintures, la photo, en écrivant des histoires… Franchement, je ne sais pas ce que la Ville pense du street art. Si la mairie voulait nous mettre en valeur, pourquoi nettoie-t-elle tout en permanence ? Un beau tag, ça se respecte.

« Le street art touche tous les pays »

En ce qui concerne le graff, ils veulent l’institutionnaliser, le canaliser sur des murs officiels, mais ça, c’est une vue de l’esprit !

Pourquoi ne pas laisser les murs aux gens qui veulent s’exprimer, comme les murs d’usine par exemple ? Ils ont peut-être plus d’argent à mettre dans l’art contemporain… l’art, c’est pour les gens ou pour se branler la tête ?

Dans une mairie de gauche ou de droite, il faut se rendre compte que la culture urbaine, comme le hip-hop, va devenir la norme culturelle. Le street art touche tous les pays ! Et s’il n’est pas mis en valeur, la ville ne s’ouvrira pas sur le monde. ››

Lire le livre « Paris-Tonkar » en ligne

Propos recueillis par Julien Joly | Photos : Œuvres de Tarek