INTERVIEW. Ty Segall jouait à l’Antipode mercredi dernier. En 2012, ce Californien prolifique a sorti pas moins de trois albums.

Ty Segall Rennes

Dirty Coq de The Experimental Tropic Blues Band nous avait recommandé l’album « Lemons » de Ty Segall parce que « c’est dur, ça fait mal aux oreilles ». Alors quand le Californien passe en ville, on ne peut s’empêcher d’aller vérifier.

Rendez-vous est pris juste après les balances, mais on se pointe un peu avant histoire de prendre la température. Au détour d’un test micro, on entend Ty chanter quelques vers signés Robert Hunter. Les techniciens de l’Antipode se plaignent. Car ça joue fort, très fort, trop fort… Une remarque qui semble ne pas avoir eu trop d’impact sur Ty et sa bande puisque le concert sera du même tonneau quelques heures après.

« En même temps, pour que ça sonne aussi bien, ils doivent jouer avec le volume à fond » constate Monsieur Moustache, qui fait le bonheur des auditeurs de Canal B avec son émission « Blouson Noir et Boudin Blanc ».

Chaque chose que touche Ty Segall est dans cette veine : rapide et fort. Il sort au moins deux albums par an. Et cette année, il en a même sorti trois. Tout d’abord, en avril, on voit apparaître « Hair », co-écrit avec Tim Presley alias White Fence. En milieu d’année sort « Slaughterhouse » signé Ty Segall Band et enfin, en octobre, « Twins », sous la simple bannière de Ty Segall. A chaque fois, une corde garage à souhait, jouée à 200km/h, parfois sous on ne sait quelle substance, avec de grosses guitares saturées…

Comme le concert à l’Antipode, c’est certes un peu répétitif, parfois bruitiste, mais les mélodies sont là. Et elles confirment la place du jeune homme comme le fer de lance d’une scène californienne bouillonnante depuis quelques années : Thee Oh Sees, Fresh & the Onlys, Bare Wire… Un mouvement qui touche à tous les genres et qui vise souvent juste.

« J’essaye de faire à chaque fois quelque chose de différent »

Ty Segall

Ty Segall

Rennes 1720 : Ton style est parfois défini comme du « psyché folk », parfois du « heavy glam garage » et autre genres bizarres… selon toi, qu’est-ce que tu fais ?

Ty Segall : Tout ce qui me passe par la tête ! C’est juste des choses qui me viennent comme ça. Je suis pas le meilleur pour dire ce que je fais. J’essaie juste de faire à chaque fois quelque chose de différent.

 

Ton dernier album s’appelle Twins. Pourquoi ce nom ?

Je suis Gémeaux. Je trouvais que ça reflétait une sorte de double personnalité.

En seulement une année, tu as sorti pas moins de trois albums. La plupart des groupes en sortent un tout les deux ans… Comment tu fais ?

Encore une fois, ça arrive comme ça. Chaque album est un projet différent. Par exemple « Hair » ne devait qu’un simple EP (Extended play, entre le single et l’album, ndlr). Je suis pas si prolifique que ça. « Hair » et « Slaughterhouse » sont juste issus de collaborations avec d’autres gens. C’est pas comme si je sortais 50 titres comme ça. J’en écris une quinzaine, eux amènent une vingtaine d’autres qu’on écrit plus ou moins ensemble… C’est pas trois albums qui viennent de moi. Ce sont trois disques de trois groupes différents.

« San Francisco, au fond, c’est une petite ville… »

A propos de ces collaborations, White Fence et John Dwyer viennent de San Francisco, tout comme toi. On peut dire que ça bouge bien là-bas en matière de rock…

C’est vrai, je viens de là-bas. Il y a toute une population d’artistes qui se masse dans cette ville créative et libre qu’est San Francisco. Mais je ne saurais pas dire ce qui provoque cette émergence de punk rock psychédélique ou de trucs noise.

Je peux pas vraiment décrire ce qui se passe. C’est juste ce que tu entends. Tout le monde connaît tout le monde parce que, au fond, c’est une petite ville. Je vis à deux pâtés de maisons de chez John [Dwyer]. Alors des fois, je passe le voir pour boire une bière et jouer de la musique. Pareil pour Mikal [Cronin]. C’est comme ça. Tu croises des gens dans la rue, c’est un endroit très communautaire.

Sur « Slaughterhouse », on peut entendre une reprise d’un morceau, « The Bag I’m In », que j’ai retrouvé un peu par hasard sur la compilation « Back From The Grave » qui n’est pourtant pas très connue. Comment as-tu découvert cette compil’ ?

La série de compilation « Back From The Grave » m’a poussé vers ce qu’on appelle généralement le rock garage. Vers mes 17, 18 ans, j’écoutais beaucoup les Mummies, les Oblivians et tous ces groupes qui s’inspirent de vieux trucs.

Un jour, mon pote Andrew me donne ce disque, « Back From The Grave », sorti chez Crypt Records. Cela m’a donné envie de tous les avoir. Et vers mes 20 ans, je me suis pointé au Crypt Store, le magasin du label sur Brooklyn, et j’ai dû dépenser 400 dollars pour avoir tous les CD de la boutique. C’est un peu ridicule, mais ça valait vraiment le coup, « Back From The Grave » a vraiment changé ma vie.

 

« Mon mot préféré ? Fuck ! »

Ton mot, ou ton accord, préféré ?

Là, comme ça, je te dirai « bienveillant ». C’est pas évident comme question… sinon, je dirais bien « fuck » c’est très pratique comme mot, ça sonne bien (il répète le mot, le prononçant à chaque fois de manière différentes).

Pour la note, j’hésite entre le D et le E (Ré et Mi en anglais). Le E est pas mal. Il sonne comme un homme des cavernes. Donc Fuck and E !

Il paraît que tu n’es pas toujours satisfait de tes textes ?

Je ne sais pas trop. J’essaie d’améliorer mes textes, mais il faudrait que je lise plus j’imagine… Il y a beaucoup de gens qui m’inspirent parmi « les grands ». Ce que j’appelle « les grands », ce sont des artistes comme Ray Davis, Neil Young ou Arthur Lee qui ont écrit des choses fantastiques.

Si Elton John ou ceux qui n’écrivent pas leurs textes me lisent, qu’ils ne le prennent pas mal (sourire en coin). Mais pour moi, paroles et musiques doivent marcher ensemble. Elles sont censées t’émouvoir, te mettre un claque, te travailler le cerveau…

 

« Je ne ferai plus de musique pendant un moment »

Quelle est la chose la plus étrange que tu aies vu sur scène ?

Oulah, il y en a beaucoup ! Je me souviens de cette fois où la batterie d’Emily avait pété. Un mec s’est pointé et a pris la caisse claire alors qu’elle continuait à jouer. Il a sauté de la scène en chercher un autre… mais il a bien fallu finir le concert ! Alors, pendant une heure, Emily a dû taper du pied… une heure explosive !

Après avoir sorti trois albums en un an, quels sont tes projets ?

Ne pas faire de musique pendant un moment et faire quelque chose d’autre. Prendre des vacances et faire des choses normales, ma lessive, cuisiner, avoir un chien…

Propos recueillis par Hadrien Bibard | Photo : Illustration de l’album « Slaughterhouse » de Ty Segall. Médaillon : CC Wikimedia FranzForever (détail)