Le folklore vaudou était au cœur du festival Court Métrange, qui s’est achevé dimanche. Nous y avons rencontré Patrice Alain Pincé. Chargé de cours en histoire du cinéma à l’Université de Haute-Bretagne, il nous explique comment le cinéma se réapproprie les traditions du vaudou.

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Vous avez dit « vaudou » ?

Le vaudou est une religion née dans l’ancien royaume du Dahomey, en Afrique, où il est toujours pratiqué. Ce culte a été répandu en Amérique et aux Caraïbes par les esclaves à partir du XVIIe siècle.

Doté d’un système de croyance complexe en un monde peuplé d’esprits (les loa), le vaudou imprègne le quotidien de peuples entiers, comme à Haïti, et demeure bien éloigné de l’image « démoniaque » qu’en donnent les films. J.J.

‹‹ La première apparition explicite du vaudou dans le cinéma américain remonte à White Zombie (1932, V.H. Halperin). Le film raconte l’histoire d’un prêtre vaudou qui emploie des zombies comme main d’œuvre docile. Celui-ci utilise également ses pouvoirs pour amener une jeune femme à lui.

L’année 1932 correspond à la fin de la période d’occupation américaine en Haïti, qui court de 1915 à 1934. A l’époque, le vaudou se trouve principalement dans le cinéma américain et est présenté sous un jour très folklorique.

Mais c’est en 1973 que le film de James Bond Vivre et Laisser Mourir (G. Hamilton) fait véritablement découvrir le vaudou au grand public. Le scénario n’y est pas fidèle à la réalité du vaudou haïtien, mais plutôt à celle de l’image que l’on s’en fait en Occident.

Baron Samedi, un personnage énigmatique de l’univers James Bond. Est-il véritablement humain ?

Les zombies volent la vedette aux vampires

Le zombie est perçu chez nous comme un mort-vivant, alors que les « véritables » zombies sont plutôt des vivants manipulés par un sorcier à l’aide d’une drogue.

La cause de cette méprise ? George A. Roméro et sa Nuit des Morts-Vivants (1968), qui était en réalité une métaphore de la guerre du Vietnam. Un thème depuis galvaudé par les Italiens avec des films comme l’Enfer des Zombies de Lucio Fulci (1979).

Il y a actuellement une mode du film de zombies comme il y a eu autrefois une mode du vampire, avec énormément de films sur ce thème. Les zombies actuels ont d’ailleurs été dotés d’une caractéristique du vampirisme : la propagation. « Je suis mordu, je mord ». L’idée du cannibalisme passe après.

Dans la Nuit des Mort-Vivants, l’origine des zombies n’est pas surnaturelle, elle est scientifique : c’est une expérience militaire ratée. Aujourd’hui, on se fiche de savoir pour quelle raison les zombies sont là (dans World War Z, adaptation du roman éponyme prévu en 2013, leur origine est inconnue, ndlr). La seule chose qui intéresse les spectateurs, c’est de confronter des gens banals à des créatures qui essayent de les dévorer.

Dans « 28 jours plus tard », les zombies sont des humains infectés par un virus

La poupée vaudou ? Une « superstition »

Dans le film d’horreur « Jeu d’enfant » (1988), qui met en scène la poupée Chucky, un criminel utilise un chant vaudou pour transférer son esprit dans un jouet. On le voit également piquer une poupée vaudou pour tuer celui qui lui a appris les arts occultes.

Dans la saga Pirates des Caraïbes, Barbe Noire maîtrise les poupées vaudou et possède un équipage en partie composé de zombies. J.J.

Pour Jean-claude Fignolé, écrivain haïtien et grand connaisseur du vaudou, les poupées ne sont qu’une superstition.

C’est un élément de sorcellerie comme on peut en voir dans Tintin et le Temple du Soleil. La tradition des poupées magiques (aussi appelées « dagydes ») est répandue partout dans le monde, même en France.

A Haïti, elles sont présentes également, mais n’appartiennent pas au vaudou. L’envoûtement vaudou se fait par des philtres, pas en piquant des figurines.

Utilisation peu conventionnelle d’une poupée vaudou dans « Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence »

Les esprits américains reviennent en Afrique

Damballa, un loa de la connaissance, est régulièrement invoqué dans la saga « Chucky » dans le but de transférer la personnalité d’un individu d’un corps à un autre. J.J.

Les esprits sont un caractère central de la religion vaudou. Ce n’est pourtant pas l’élément principalement retenu par les films américains.

On va les retrouver au cinéma avec par exemple le personnage de Baron Samedi, l’esprit des morts (Vivre et Laisser Mourir). On les voit aussi dans l’Emprise des Ténèbres (Wes Craven, 1988) ou dans Sugar Hill (Paul Maslansky, 1974). Les loa sont enfin présents dans le cinéma nigérian.

Le Nigéria est le premier producteur de films mondial, avec 1200 films par an. De nombreuses films nigérians comptent le Baron Samedi parmi leurs personnages. Ainsi, le vaudou est allé en Amérique, puis est revenu en Afrique… mais doté des attributs acquis dans le Nouveau Monde.››

Patrice Alain Pincé | Propos recueillis par Julien Joly | Encadrés et légendes : Julien Joly | Photo : Accessoire de Pirate des Caraïbes, Walt Disney Pictures.