BD | VIDEO. Les compagnies Carabosse et Teatro Linea de Sombra ont investi, vendredi 6 juillet, l’esplanade Charles-de-Gaulle dans le cadre des Tombées de la nuit. Leur installation nocturne, « Article 13″, était dédiée à l’émigration. Un gigantesque labyrinthe de feu pour une action à la fois politique et artistique.

Le teaser d’Article 13

S’il y avait bien un truc qu’on n’avait pas trop envie d’aller voir, c’était cette installation traitant de la migration.

Pas par désintérêt, non ! Juste par appréhension de tomber sur quelque chose d’élitiste, politico-pompeux et dur à aborder voire à digérer. Stupides que nous sommes ! Nous aurions raté quelque chose.

La pluie et une douce odeur de paraffine nous ont menées jusqu’à la place Charles-de-Gaulle. L’esplanade tout entière est occupée à notre arrivée : des bougies, des gens, des installations…

Nous pénétrons dans ce lieu sans trop savoir dans quoi nous arrivons. A l’entrée, un dispositif nous permet de « jouer » avec des sortes de pantins mobiles que nous pouvons actionner par un système de ficelles : le réflexe est là, nous tentons notre chance !

Nous avons fait par la suite le rapprochement glauque entre ce « jeu » et l’affichage lumineux sur le mur du Liberté : « Achetez des bon petits travailleurs chinois » qu’il disait ! Enfin quelque chose comme ça …

Frontières de feu

Puis nous avançons vers une sorte d’araignée-machine à vapeur géante mêlant avec poésie l’eau et le feu par des tuyaux. Les gens déambulent, l’ambiance qui règne est plutôt sereine et chacun marche avec calme, respect et curiosité.

C’est à ce moment-là que nous entendons une voix qui porte. Nous nous approchons : la place est divisée en différents espaces représentant des pays dont les contours sont marqués par des alignements de bougies, traduisant les notions de territoires et de frontières.

Des vêtements au sol symbolisent la présence de gens, de cadavres, d’humanité.

Nous comprenons qu’il s’agit de saynètes divisées en plusieurs tableaux, lors desquels un homme narre une histoire en espagnol, traduit par une femme qui l’accompagne.

Des personnes éclairent la scène et veillent au bon déroulement des choses. Des « bouquets » de torches électriques à la main, ils se fondent dans le décor. Le tout mêle musique, flammes et théâtre.

L’homme nous parle de thèmes tels que la mort, l’étranger, l’amour, la frontière, la vie, les pays…

Les compagnies Carabosse et Teatro Linea de Sombra ont investi, vendredi 6 juillet, l'esplanade Charles-de-Gaulle pour une installation nocturne dédié à l'émigration : Article 13. Un gigantesque labyrinthe de feu pour une action à la fois politique et artistique.

Au bout de la place, un brasier géant surplombe Charles-de-Gaulle et se consume au fur et à mesure.

Au centre, un pont métallique sépare l’esplanade en deux. Plusieurs participants se dirigent vers cette installation, une caisse à la main.

Répartis sous l’arche métallique, capuche sur la tête, ils laissent couler une pluie de sable sur leur visage. Un rideau se forme alors au beau milieu de la place et des spectateurs, symbolisant une nouvelle frontière, imposant le silence.

Je pense qu’il fallait y être pour réellement le ressentir mais ce spectacle de feu imposait le respect ! Un respect entre les gens, un respect des comédiens, des frontières de bougies, du silence…

Les compagnies Carabosse et Teatro Linea de Sombra ont investi, vendredi 6 juillet, l'esplanade Charles-de-Gaulle pour une installation nocturne dédié à l'émigration : Article 13. Un gigantesque labyrinthe de feu pour une action à la fois politique et artistique.

Le sable continue de couler sur leur visage telle une pluie qui leur brûle la peau : un à un, ils quittent leur place en silence. Le dernier reste planté sur sa caisse de plastique. Instinctivement, les gens s’approchent, touchent, filment.

Certains se placent sous cette drôle de pluie pour ressentir la chose, d’autres la traversent, parapluie à la main, comme un réflexe poétique de franchir, par principe, la frontière qui nous était imposée.

Les compagnies Carabosse et Teatro Linea de Sombra ont investi, vendredi 6 juillet, l'esplanade Charles-de-Gaulle pour une installation nocturne dédié à l'émigration : Article 13. Un gigantesque labyrinthe de feu pour une action à la fois politique et artistique.

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C’est en quittant la place par le petit chemin de barrières que nous nous rendons compte du rôle que nous venons d’avoir dans ce spectacle.

Nous observons les gens qui rentrent et sortent à la queue leu-leu, déambulant tels des zombies, suivant le chemin mis en place, comme des étrangers guidés par on ne sait quoi vers on ne sait où.

Nous aussi, nous avons déambulé dans cette sorte de no man’s land, n’osant pas franchir les frontières de bougies, errant, ne sachant pas bien ce qu’il fallait faire… ni où aller.

Texte : Eni Patate | Dessins : Djoul Patate | Vidéo : Teaser d’Article 13

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