Manon a participé pendant deux jours à un essai clinique de médicament. Une expérience rémunérée, mais qu’elle regrette aujourd’hui.

Photo : Gwenn Chenebaud

Au départ, c’est mon coloc’ qui m’en a parlé : tester un médicament pour un centre de recherche privé, agréé du ministère de la Santé, contre rémunération. Lui l’avait déjà fait deux fois.

J’avais vingt ans à l’époque, j’étais étudiante et en galère de sous. Je me sentais prête à le faire. Même si mon entourage était inquiet à l’idée que je puisse avoir des effets secondaires.

J’ai contacté la société et, dès le lendemain, je passais un entretien à Pontchaillou.

On m’interroge : Pourquoi ai-je décidé d’intégrer le groupe de volontaires ? Ai-je des antécédents médicaux dans la famille? Des problèmes psychologiques ? Ai-je déjà été hospitalisée ? Le médecin hésite : je suis très stressée. Mais j’insiste pour y aller.

Le protocole m’est décrit en détails : seule une partie des volontaires reçoit le vrai médicament. Les autres ont un placebo pour servir de « témoins ». Le médecin qui conduit les tests ignore lui-même qui a reçu quoi.

J’ai droit à un bilan de santé complet, dont une radio du thorax, le tout aux frais de la société qui conduit les tests. On me donne une fiche qui décrit les effets du médicament que je vais tester.

La procédure est très réglementée. Ainsi, on ne peut pas faire d’expérimentations trop rapprochées et notre rémunération mensuelle est plafonnée. La durée des études varie : de deux jours à trois semaines. Dans mon cas, on me propose des tests de 20 jours qui nécessiteront d’être hospitalisée tout du long. Je suis censée toucher 2700 euros.

Je vais devoir affronter 4 choses :

  • Un traitement qui peut être difficile pour le corps.

Le groupe dont je vais faire partie teste un médicament qui accélère légèrement le rythme cardiaque. A l’issue de l’expérience, je devrai avaler du charbon actif pour éliminer le produit.

  • Des prises de sang quotidiennes.

Il ne faut pas avoir peur des piqûres.

  • L’enfermement.

En conditions de test, les cobayes n’ont pas le droit de quitter le centre. Hommes et femmes dorment dans des dortoirs séparés.

  • Un mode de vie rigoureux.

L’alcool, le café, le thé, le chocolat, le coca et même le pamplemousse sont prohibés pour ne pas altérer les résultats. On a juste le droit de boire de l’eau (un litre par jour maximum) et du thé déthéiné. Bien sûr, il est interdit de fumer pendant toute la durée des tests.

La nourriture est infecte, mais on doit la finir pour ne pas fausser le contrôle des taux de nutriments dans notre sang.

Les contrôles vont jusqu’à la vie intime : comme les femmes enceintes ne peuvent pas participer à l’expérience, en cas de rapports sexuel quelques semaines avant l’expérience, il faut utiliser au moins deux contraceptifs.

 

« T’as le placebo ou pas ? »

Le premier jour est rythmée par les prises de tension tous les trois quarts d’heures. Interdit de se lever pour ne pas fausser les résultats.

Résultat : au bout d’une seule journée, tout le monde est abruti, énervé. Peu à peu, je comprends que je ne supporte pas l’enfermement. Pour se distraire, il y a aussi une salle commune avec des jeux de société, des livres et des DVD, un jardin minuscule et un accès à internet. J’ai pu emporter mon ordinateur portable pour regarder des films, ça me sauve.

Je m’ennuie à mourir au milieu de ces gens que je ne connais pas. Les plus âgés ont trente, quarante ans. Certains ont déjà participé à des tests par le passé, d’autres non. La plupart des autres patients sont là depuis une semaine ont souvent hâte de repartir. Principal sujet de conversation ? Les effets secondaires que l’on pourrait avoir.

On se demande surtout : « Tu penses que tu as le placebo ? Tu te sens bizarre ? » Le mental joue énormément sur les réactions du corps. Le soir venu, j’apprends que pour le premier jour, nous avions tous reçu le placebo afin de mesurer l’impact psychologique de l’expérience sur notre organisme.

Souris de laboratoire

Je trouve les relations avec les médecins sont déplorables. Le personnel médical explique rarement ce qu’il est en train de nous faire exactement. Il n’y a pas vraiment de mise en confiance. J’ai l’impression d’être traitée comme une souris de laboratoire.

Pour une expérience avec un potentiel danger et une étude précise, je pensais que j’aurais affaire a des personnes un peu plus habituées aux gestes techniques.

Le deuxième jour, le jeune qui me fait la première prise de sang de la journée rate par deux fois la veine sur chacun de mes bras. C’est le matin, je suis à jeun, je le sens stressé, je stresse à mon tour. Résultat : je tombe dans les pommes.

Aussitôt, un médecin me lève les jambes contre le mur et m’asperge le visage. On m’informe que je ne peux pas continuer l’expérience car je risque de stresser les autres patients. Je reçois 200 euros pour ma participation et rentre chez moi après seulement deux jours d’essais…

C’était il y a deux ans. Aujourd’hui, je suis toujours plus ou moins en galère financière, mais je ne referai pas d’expérimentation. Je ne le recommande pas non plus aux étudiants fauchés.

En plus de l’enfermement et de la mauvaise relation avec le personnel médical, je n’ai pas aimé cette façon dont ils disposaient de mon corps : symboliquement, j’ai vécu ça comme de la prostitution médicale.

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