INTERVIEW. Les spectateurs venus voir Maria Robin, vendredi soir, ne parlent presque que de la météo (changeante et mauvaise, comme il se doit).  La danseuse interprétait son spectacle de danse gitane « Dùnya » (Le monde) à la Péniche spectacle.

 PORTRAIT MUSICAL VILLEJEAN

La danseuse Maria Robin, à la Péniche spectacle. (Gwenn Chenebaud)

Maria Robin arrive pieds nus sur scène, s’approche du micro, commence à chanter : le voyage débute sans préavis, direction le Rajasthan.

Elle nous explique que c’est une chanson de mariage, et les gestes précis de la danse viennent donner du sens aux paroles qu’on ne comprend pas.

Maria chante, Maria danse, souvent les deux en même temps, sans jamais perdre la puissance de cette voix claire et éraillée qui nous ouvre le chemin de l’Inde à Montpellier, en passant par l’Andalousie et la Hongrie. Fil directeur : la route des gitans.

Sa danse dégage une grande sensualité, tantôt grave, surtout joyeuse. Au fil de la soirée ses cheveux s’ébouriffent, la musique fait des cercles avec la danseuse dont les pas font vibrer la Péniche.

Elle se penche en arrière, fait le pont, embrasse la terre et remonte comme si de rien n’était, toute grâce et énergie…

 

Dans combien de langues chantez-vous dans ce spectacle ?

Je chante en français, en espagnol, en un dialecte du Rajasthan qui s’appelle le marwari, et en langue rom.

Que dansiez-vous ce soir ?

Je me base sur la danse « kalbeliya », du nom d’une ethnie gitane du Rajasthan. Je la mélange avec un peu de danse orientale, de rumba flamenca, de danse soufie.

 

« Je ne pourrais pas m’arrêter »

Les tours qu’on voit pendant le spectacle sont issus de la tradition soufie ?

Certains viennent de la danse kalbeliya, qui comporte énormément de tours, notamment les tours penchés, avec les mouvements de mains… Et les tours très longs, avec la tête en haut et les bras ouverts vers le ciel, sont issus des danses soufies.

Pourquoi dansez-vous ?

Je ne sais pas : j’ai toujours dansé. Je viens d’une famille de musiciens, il y a toujours eu à la maison des musiciens, des chanteurs et des danseurs… Mais pourquoi je ne m’arrête pas, ça je sais : je pourrais pas ! C’est vraiment vital, j’ai toujours dansé, chanté quand j’étais petite. Pour moi danser, chanter, c’est naturel, comme l’air qu’on respire.

 

La chance d’être intermittente du spectacle

Avez-vous surmonté des obstacles pour faire de la danse et du chant votre métier ?

Ma famille m’a toujours plutôt encouragée à faire ce que j’aimais, j’ai eu cette chance.

On se dit toujours « est-ce que je vais réussir à vivre de ça ? » En même temps, en France, on a la chance énorme d’avoir cette exception culturelle qu’est l’intermittence du spectacle, qui fait que si on travaille assez, on peut en vivre.

Bien sûr, il y a toujours cette inquiétude de ne pas savoir si on va bouffer le mois prochain, mais c’est quelque chose qui procure tellement d’épanouissement personnel que pour moi ça prend le dessus. Peut-être que je ne vais pas toujours gagner ma vie comme ça, mais pour l’instant, j’en profite à fond.

Qu’est-ce qui vous rend fière ?

Je crois que c’est quand les gens viennent me voir à la fin d’un spectacle, et qu’ils me disent qu’une chanson les a particulièrement touchés, ou qu’ils ont pleuré, ou que ça les a marqués… Ce dont je suis le plus fière, c’est de réveiller chez des gens des sentiments qui sont forts, les faire vibrer.

 

« Il fallait s’adapter à la scène de la Péniche »

La scène de la Péniche est très petite, ça a demandé une adaptation ?

Oui, la première fois j’avais pris une jupe très grande, avec une amplitude énorme, c’était vraiment impossible de danser, j’emportais les micros avec ! Il faut vraiment s’adapter, mais il y a vraiment une très grande proximité avec le public, on le sent vraiment, ça fait une intimité, un contact qui est très agréable.

Est ce qu’il y a une question qu’on ne vous a jamais posée ?

J’ai jamais réfléchi à ça… j’aime bien les questions des enfants, vu qu’en ce moment on fait beaucoup de spectacles pour enfants. Ils posent toujours les mêmes questions : si les histoires que je raconte sont vraies, si c’est dur d’apprendre toutes les chansons, si j’ai la tête qui tourne…

Alors, vous avez la tête qui tourne ?

Non ! Après il faut beaucoup travailler la technique de respiration notamment… et ça devient vraiment un plaisir.

Texte et photo : Gwenn Chenebaud