INTERVIEW. Sur un carré de pelouse synthétique, GiedRé, en robe Vichy bleu, des boucles d’oreilles en forme de cerise et une tête de poupée plantée sur le manche de sa guitare. Elle se présente au micro. Auquel est accroché une brosse de WC.

Si vous avez raté le début

La chanteuse GiedRé était en concert jeudi soir à l’Ubu. Voir son site

« Pour ceux qui ne me connaissent pas, je fais des chansons pour enfants. Pour enfants sourds. Il y a des enfants sourds dans la salle ? »

Sur sa gauche, l’ourson Cajoline, avec un couteau en plein coeur. Une lampe champignon sur laquelle trône un caca en plastique. Un rideau de lierre avec son nom en néons rouges, agrémenté de morceaux de poupons en plastique, habille la scène.

Des poupées gonflables traînent de ci, de là. GiedRé les a amenées pour « les moches qui sont trop moches pour pouvoir faire l’amour ».  Après chaque chanson, elle boit dans une bouteille de liquide vaisselle.

Le monde de GiedRé est plein d’enfants dans des congélateurs, de petites filles qui se font kidnapper, d’amour « à l’endroit et à l’envers », sur la plage (ou pas), d’histoires de messieurs sans bras qui ne peuvent se masturber et d’autres qui bavent au lit (« c’est vraiment dégueu ») …

Elle parle d’amour, à sa manière. Parce que « quand on fait de la scène, faut bien faire des chansons d’amour… »

Quand elle dit : « Montrez-moi tous votre anus ! », le public, qui connaît les chansons par cœur, agite les mains en un geste équivoque, lève les briquets…

L’ambiance est chaleureuse. Et l’artiste, complètement décalée.  On a décidé d’aller voir ce qui se passait dans sa tête...

GiedRé

Une maison close pour handicapés

Rennes 1720 : Vous vous considérez comme féministe ?

GiedRé : Non, pas vraiment. Je trouve ça un peu réducteur de dire que la femme doit être l’égale de l’homme. Il faudrait que tout le monde soit l’égal de tout le monde.

Vous abordez des sujets originaux, comme la sexualité des handicapés…

Il doit y avoir, quelque part, une espèce d’encyclopédie des règles pour faire une chanson, avec une liste des sujets autorisés: l’amour, la guerre, l’injustice, l’amitié… ça devait pas être au CDI de mon collège, du coup je l’ai pas lue,  et j’ai fait des chansons sur ce que je voulais. En l’occurrence, j’ai plus envie de parler d’un mec sans bras qui peut pas se masturber.

Si un jour j’ai plein d’argent, je pense que j’ouvrirai une maison close pour handicapés… bon, après j’irai en prison. Donc, d’abord je demanderai à des gens de remettre en place les maisons closes. S’ils sont gentils, ils diront oui.


« Heureusement, je ne vois pas le public »

Quel est votre coin préféré à Rennes ?

J’étais déjà venue à Rennes en décembre pour jouer dans le cadre des Bars en Trans, c’était cool. J’aime bien le vieux Rennes, ses maisons à colombages… C’est trop joli, ces petites rues avec plein de bars.

Il paraît que vous aimez bien le mot « moisi ». Un rapport avec votre passion pour les champignons ?

Le champignon, c’est le summum du moisi. « Moisi », c’est mon mot préféré. C’était mon nom de scène au début, quand je chantais dans les bars. Ça montre mon manque évident d’ambition… Quand j’ai commencé à faire de la vraie scène, on m’a dit « Moisi, ça fait rire que toi et tes copains, faut que tu changes ». J’ai dû changer, je le regrette… Peut-être qu’un jour, je reprendrai ce nom, quand j’aurai 60 ans.

Vous dites que vous n’aimez pas les gens, c’est pas un peu gênant pendant les concerts ?

Heureusement, je les vois pas car ils sont dans le noir en général. Il y a une distance tout à fait correcte où chacun respecte son espace vital.

 

Le truc ultime pour pisser debout

Une de vos chansons s’intitule « Pisser Debout ». Vous avec une technique spéciale pour cet exercice ?

J’ai essayé plein de techniques, mais je m’en mets quand même partout. Des sociétés fabriquent des urinoirs de poche maintenant, l’une d’elles m’en a même offert à mon effigie, t’as plein de couleurs différentes, c’est rigolo.

Ca arrive que des gens choqués par vos textes vous balancent des canettes de bière ?

Non, c’est un peu triste d’ailleurs…

Vous aimeriez bien ?

Maintenant que tu m’en parles, oui, j’aimerais. Pour faire jouer les assurances, tu vois, et avoir plein de sous, aller genre aux Seychelles, et je pourrais dire « J’ai trop souffert, j’ai pris une canette… » Ce sera peut-être pour ce soir ?

Du coup, quel est le pire truc qui vous soit arrivé sur scène ?

C’était ma toute première scène, la Cigale, à Paris. J’avais jamais joué dans une vraie salle de spectacle. Je faisais mes balances, les grosses boîtes sur la scène, ce que tu entends en retour quand tu joues… Je savais pas ce que c’était, « faire les balances », mais j’essayais de donner le change comme si  j’étais vraiment très pro. L’ingénieur du son me dit « Ça va, tes retours ? » Moi : « Oui, oui… » Là, un mec de la salle passe derrière moi et dit : « Régis, ce serait bien que tu branches tes retours ! » C’était un peu la honte.

Tout est cool en fait, même quand on me jette des slips, et que je me les prends dans la figure. Ça arrive souvent que des gens du public me lancent de slips avec leur numéro de téléphone, des rendez-vous…

Et vous acceptez ?

Pas encore.  J’ai jamais été tant à la dèche que ça.

En 2010, vous chantiez « Les Questions ». Vous avez eu les réponses, depuis ?

J’ai eu une réponse pour les prépuces, je crois que chez les Juifs on les enterre… en tout cas, y’a un rituel, on les jette pas. J’ai oublié, du coup je continue de me poser question.

Est-ce qu’il y a une question que les journalistes ne te posent jamais?

Euh, bonne question… Les sujets que j’ai envie d’aborder, je les aborde dans mes chansons. Peut-être que j’aimerais qu’on parle plus de certaines choses que d’autres mais, finalement, si on n’en parle pas, j’en parle toute seule, donc j’ai pas trop de frustrations.

 

Texte et interview : Sophie Barel | Photos et vidéos : Gwenn Chenebaud

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