Deux semaines après « l’affaire Merah », le forum Libération place la sécurité au coeur du débat « Kiffer la police ? ». Morceaux choisis.
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  • Qui ? Bernadette Malgorn, conseillère régionale de Bretagne, Yannick Danio, délégué national du syndicat Unité SGP Police, Christian Mouhanna, sociologue chargé de recherche au CNRS, Cesdip.
  • Où ? Au TNB, à l’occasion du forum Libération.
  • Quand ? Le 30 Mars 2012.

 

La police ‘joue un rôle exclusif de répression’ (Christian Mouhanna)

Pour Christian Mouhanna,

« La police de proximité fut mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin, avant d’être supprimée par Nicolas Sarkozy, peu après son arrivée au ministère de l’Intérieur. Depuis 2003, la police de sécurité a été privilégiée. »

Il dénonce le rôle limité de cette police :

« Elle n’est présente qu’en cas de problèmes et joue un rôle exclusif de répression. Ce fonctionnement suscite de la méfiance, de la peur et renvoie l’image d’une police d’abord au service de l’état, avant d’être au service des citoyens. »

‘La police doit rester une force légitime’ (Bernadette Malgorn)

Bernadette Malgorn prend la parole pour rappeler l’étymologie de « kiffer », à l’origine mot arabe passé dans l’argot français et qui signifie aujourd’hui « aimer ».

Pour la conseillère régionale, aimer la police et apprécier ses actions sont deux choses différentes :

« On kiffe en aimant  ou en appréciant ? »

Selon elle, « la police est et doit rester une force légitime. » La population doit « se reconnaître » dans la police, donc « il faut diversifier les critères de recrutement pour une meilleure homogénéité de la police. »

Bémol de Yannick Danio :

« Sur 500 postes de gardiens de la paix, 250 recrutements s’effectuent en interne. Ce qui laisse seulement 250 places disponibles pour les jeunes venant de la filière ouvrière. »

La police est perçue ‘comme une autre bande’ (Christian Mouhanna)

Christian Mouhanna, auteur de « Police, des chiffres et des doutes », a effectué des enquêtes de terrain aussi bien dans les services de police qu’au sein de quartiers plus ou moins difficiles.

Pour lui, « il n’y a plus de communication » entre les policiers et la population. Ainsi, dans certains quartiers sensibles, le sentiment d’insécurité est présent aussi bien du côté des policiers que des jeunes y résidant : ces derniers perçoivent la police « un peu comme une autre bande ».

Selon Christian Mouhanna, il est essentiel que des policiers assignés à un quartier puissent « être présents au quotidien, afin d’exercer une fonction de prévention, de médiation ou de répression selon le besoin. »

Les policiers, au contact quotidien des habitants pourraient être « au courant des trafics » ou « repérer les jeunes qui tournent mal ». Ce qu’il juge impossible à mettre en place avec un système qui prône une police d’intervention tout en diminuant les postes.

‘On demande de l’obéissance au lieu de l’intelligence’ (Yannick Diano)

Si la devise de la police nationale est « Pro patria vigilant » (Ils veillent pour la Patrie), Yannick Diano déplore que les policiers soient « soumis à la règle des quotas », coincés entre leur devoir envers les citoyens et leur devoir envers leur institution.

« On demande de l’obéissance au lieu de l’intelligence. Alors que les fonctionnaires de  police sont de plus en plus diplômés et de mieux en mieux formés. »

Les policiers soumis à la loi du camembert
« La politique du chiffre et une politique globale réorientée sur le tout répressif ont contribué à creuser un véritable fossé entre policiers et citoyens. »

C’est ce que relevait Yannick Diano lors de son intervention, propos repris dans sa tribune de Libération, vendredi.

Les policiers doivent en effet dresser des statistiques sous forme de diagrammes, afin de rendre compte de leur activité au cours des dernières 24 heures.

De son côté, Christian Mouhanna dénonce :

« Les statistiques plus ou moins habilement mises en forme n’arrivent plus à cacher une dégradation des rapports police-population. »

Propos également repris dans les colonnes de Libération. Le sociologue prône le retour de la police de proximité. Même s’il reconnaît que cette police n’était pas « la panacée » et « générait de multiples difficultés », elle replaçait le citoyen « au centre des préoccupations policières. »

Le public s’interroge sur l’affaire Merah

Invité à réagir à la fin de la rencontre, le public n’avait qu’une question : Qu’a fait la police durant l’affaire Merah ? Certains, très remontés, ont demandé pourquoi la police n’avait pas agi plus tôt, puisque le jeune homme était connu des forces de l’ordre.

Prudent, Yannick Danio répond en évoquant « le cloisonnement des services de police » et « le manque de communication », voire « la compétition » entre ces services, qui pourraient être un frein à la résolution de certaines affaires. Il recommande « une certaine distance » face au  traitement médiatique de l’affaire Merah et met en garde contre « la marchandisation de la peur. »

Manifestation
Les syndicats Unité SGP Police FO et Snipat FO appellent à manifester vendredi 6 avril à 12 h, devant la préfecture de Vannes et la sous-préfecture de Lorient. Ils dénoncent notamment la baisse des effectifs et la « politique du chiffre ».

Texte et Photo : Agathe Thebault

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