Le 6 février, nous avons fêté le premier anniversaire de Rennes1720.fr. Ce sera aussi son dernier.

Rassurez-vous, nous ne fermons pas. Nos comptes sont équilibrés, et notre motivation est toujours intacte. Nous muons, c’est tout, comme un petit reptile qui prend une taille en grandissant.

Depuis un an, nous nous efforçons de donner aux Rennais un point de vue original sur l’actualité, tout en explorant les champs du journalisme web.

Vous avez été nombreux à participer à cette aventure, en nous lisant tout d’abord, mais aussi en réagissant à nos articles, en participant à nos conférences de rédaction, et en soutenant financièrement votre média.

Au nom de toute l’équipe, je vous remercie pour votre fidélité.

Cet accueil, nous en avons été les premiers surpris. Très vite, pour répondre à vos demandes d’articles, notre site s’est développé. Le design a été retouché à plusieurs reprises afin de prendre en compte vos suggestions.

Nous avons également diversifié nos articles, en ajoutant à nos textes des dessins, des diaporamas sonores, des vidéos… sans jamais oublier le fond.

Dès les premières ébauches, nous souhaitions nous inscrire dans la tradition de « l’info à 3 voix » chère aux sites participatifs : journalistes, experts et lecteurs. Ce choix a été récompensé par les témoignages que nous avons reçus, et les débats qu’ils ont générés, sur le site comme sur les réseaux sociaux.

Parallèlement, nous avons pu mettre en avant l’aspect « partage des connaissances » inscrit dans les statuts de notre association loi 1901, en devenant un média désormais officiellement recommandé pour des partenariats pédagogiques.

Au lancement de Rennes 1720, j’avais dressé une liste de plusieurs centaines de sujets que je voulais que nous traitions. Au fur et à mesure que cette liste diminuait, d’autres sujets venaient s’y rajouter. Aujourd’hui, il y en a environ 300. Preuve en est que les sujets d’intérêt à Rennes sont inépuisables…

Toutefois, je dois reconnaître que le site que vous lisez actuellement est devenu trop petit, trop lourd pour répondre à vos attentes. Le statut de bénévole de nos membres ainsi que la charge croissante de travail annexe ont fait qu’il s’est révélé difficile de produire des papiers au rythme d’une rédaction salariée. Or, pour nous, il était impensable de rogner sur la qualité de l’information que nous vous devions.

Enfin, ce qui fait l’originalité de notre site tend à s’estomper avec l’arrivée de nouveaux médias et la formation croissante des étudiants en datajournalisme.

L’association Rennes 1720 ne disparaît pas, mais ce site ne sera (sauf exception) plus alimenté en articles. Ses membres développeront désormais le journalisme web local sous d’autres formes.

Je sais que ce changement peut vous paraître soudain. J’aurais aimé terminer plusieurs sujets qui me tenaient à cœur, mais des impératifs personnels m’ont convaincu de hâter cette transition.

Je voudrais terminer en faisant un bilan de notre aventure, pour ceux et celles qui voudraient tenter leur chance sur le web. Sans vouloir donner des leçons… juste un avis inspiré par un an de travail acharné.

Journaliste est un job à plein temps. C’est un job ingrat et mal payé, alors il vaut mieux s’y plonger avec passion. Pour mieux savoir quand appuyer sur « pause ». Sur le web, on est rapidement amené à prendre plusieurs casquettes en plus de celle de rédacteur : designer, programmeur, voire agence de publicité pour rechercher des fonds. Cela n’est pas souhaitable à mon sens.

Un pure player doit être lancé par un noyau de passionnés, professionnels dans leurs méthodes et dotés d’un bon capital de départ. Les activités chronophages et non journalistiques (webdesign, recherche d’annonceurs et de subventions) doivent être laissées à des personnes dont c’est le métier, et qui ne feront que cela. Notamment pour les annonceurs afin d’éviter tout conflit d’intérêt ou encore, comme on peut le voir sur certains sites, des publicités déguisées en reportages.

L’amour du terrain, le perfectionnisme, le respect scrupuleux de la déontologie, ne devraient jamais devenir des sources de stress et de snobisme. Nous vivons des expériences passionnantes mais extrêmement prenantes, ne serait-ce qu’au sein d’une rédaction classique. Sur Internet, toute cette implication est démultipliée. Il peut arriver que notre vie de famille, nos couples, nos amis fassent les frais de nos questionnements, de nos fatigues. A une période, le slogan officieux de Rennes 1720 était « We never sleep ».

Or, à quoi sert la liberté de la presse si ce n’est à défendre des choses simples et belles qui n’ont rien à voir avec le journalisme ? Savons-nous encore écrire pour nos lecteurs, ressentir et analyser pour eux lorsque notre travail derrière un écran tend à nous déconnecter du monde réel, à faire de nous des techniciens de l’instantané ?

Afin que cela ne nous arrive pas, et que vous n’en pâtissiez pas, il est donc temps pour Rennes 1720 de faire sa mue.

Nous travaillons actuellement avec un site d’actualités conçu par un journaliste professionnel. Sa date de lancement n’est pas encore officielle, mais il concernera toute la Bretagne et sera centré sur l’enquête et le grand reportage. Ce site n’est pas affilié à Rennes 1720, mais nous y collaborons étroitement dans un cadre qui n’est plus bénévole, afin de garantir la qualité et la régularité de nos articles.

Bref, une nouvelle expérience, plus grande que tout ce à quoi Rennes 1720 a participé jusqu’ici et qui nous garantit de ne pas être obligés de cesser d’exercer notre métier comme nous l’aimons – comme vous l’aimez.

En attendant de pouvoir vous donner plus de précisions, nous vous remercions mille fois encore et vous donnons rendez-vous courant mai pour les premiers visuels de ce grand projet… Promis, vous serez les premiers informés.

Julien Joly
Rédacteur en chef