A quoi pensent les Veilleurs de Rennes pendant qu’ils scrutent matin et soir les toits de la ville ?

Abri des veilleurs de Rennes

Les mots qui reviennent le plus souvent dans leurs témoignages

Veilleurs de Rennes

Depuis septembre, chaque matin, chaque soir, les Veilleurs de Rennes scrutent la ville pendant une heure, nichés dans leur abri d’observation qui surplombe l’esplanade Charles-de-Gaulle.

En tout, 729  volontaires se relayeront jusqu’au 29 septembre 2013 dans le cadre de cette performance artistique imaginée par  la chorégraphe Joanne Leighton.

Les Veilleurs notent ensuite leurs impressions dans un carnet, dont des extraits sont publiés sur Internet. Nous avons compilé ces témoignages afin de réaliser l’infographie ci-dessus, qui donne une petite idée de l’état d’esprit de ces poétiques cobayes.

A noter que cette dataviz (un peu surréaliste) provient d’extraits publiés par les organisateurs, et que tous les Veilleurs ont participé aux mêmes ateliers de formation, ce qui peut conditionner leurs réponses.

Néanmoins, pour avoir nous-mêmes fait l’expérience de la veille, nous ne pouvons que certifier les effets secondaires éprouvés au bout d’une heure d’immobilité, la tête dans les nuages. Ainsi, de nombreux veilleurs ont assimilé la course des passants à une chorégraphie ou une pièce de théâtre.

Certains se sont découvert une étonnante passion pour le vol des étourneaux. D’autres se voyaient pris de troubles de la personnalité, se voyant tour à tour « Spider-Man », « gardien de phare », « Big Brother » ou encore « statue de la Liberté ». Beaucoup ont eu une pensée compatissante pour les pensionnaires de la prison des femmes, qu’ils apercevaient au loin. Analogie avec leur propre enfermement ? Peut-être, car certains confessent avoir ressenti, outre une sensation de « pause dans le quotidien », une certaine solitude, une mise à l’écart du monde. D’où leur émerveillement lorsqu’un passant, par curiosité ou par hasard, lève les yeux vers leur nid et croise leur regard.

Texte et infographie : Julien Joly | Photo : l’abri des Veilleurs (Rennes 1720).