TRIBUNE. Quelle place est accordée aux femmes dans le sport ? Combien gagnent les joueuses de foot par rapport à leurs collègues masculins ? Et si le Stade rennais développait une structure féminine ?

Foot Rennes

Cette nuit, j’ai fait un rêve étrange. Nous étions en 2023, et après 10 ans de présidence, le trente-deuxième président du club, Frédéric de Saint-Sernin, était remplacé par une femme. Pour la première fois, il fallait appeler le président : Madame la présidente. Enthousiaste, la presse locale titra « Le Stade rennais a trouvé sa Reine » ou encore « Jusqu’à présent en rouge et noir, le Stade rennais passe au rose ».

Retour à la réalité. Où sont les femmes dans le sport ?

Faudrait-il une loi comme en politique pour instaurer la parité obligatoire ? Rappelons-le : les femmes n’ont le droit de vote que depuis 1944 et il aura fallu attendre la loi de 2000 pour que les femmes accèdent moins timidement à des responsabilités dans le milieu très masculin de la politique.

Les inégalités entre femmes et hommes dans le sport et en politique relèvent de la même logique. Elles sont héritées de croyances archaïques qui font des caractéristiques des hommes et des femmes des données de la nature, à la nature immuable : les femmes seraient trop douces, trop peu combatives pour s’engager dans la sphère publique, qu’elle soit politique ou sportive.

Pourtant si 51,4% des Français sont des Françaises, lors de la précédente législature, il n’y avait que 18,5% de femmes à l’Assemblée nationale, aujourd’hui 26,9%. Elles ne sont que 22,1% au Sénat. Heureusement depuis peu, François Hollande a décidé d’instaurer une totale parité dans son gouvernement, qui compte autant de femmes ministres que d’hommes.

En sport, le constat est encore plus criant : aucune femme à la tête des 31 fédérations olympiques, une seule femme directrice technique nationale dans les fédérations olympiques, aucune femme à la tête d’un club masculin de première ou deuxième division en football ou en rugby, une seule femme présidente d’un club de handball masculin, aucune arbitre femme officiant en première division masculine…

Et invariablement le profil des présidents des fédérations sportives olympiques répond à un même schéma, que l’on retrouve aussi dans la politique ou le monde de l’entreprise : un homme (très rarement issu de la diversité), la soixantaine montante et qui brigue généralement un nouveau mandat. D’ailleurs, concernant l’âge, la chose pourrait faire sourire si elle n’en était pas si consternante : alors que le Comité Olympique s’interroge sur la question de limiter l’âge des présidentiables à 70 ans¹, aucune voix ne semble s’élever sur l’absence totale de femmes à la tête des fédérations ! Des règles écrites par des hommes… pour les hommes ?

Foot Rennes Stade rennais

Football féminin : condamnées à l’exploit

Pour la première fois de son histoire, l’équipe de France de football féminin a participé aux Jeux olympiques de Londres, poursuivant ainsi son ascension vers l’élite sportive mondiale après la prestation remarquable mais pas assez remarquée lors de la dernière coupe du Monde en Allemagne et le deuxième titre de Championnes d’Europe de l’Olympique lyonnais.

Ces excellents résultats ont permis de donner de la visibilité au football féminin en France. Le nombre de jeunes licenciées a augmenté, les sponsors sont moins frileux, les joueuses se sont fait leur place dans les collections de cartes Panini…

Mais les quelques projecteurs qui ont été braqués sur le football féminin ne doivent pas faire oublier que ce sport n’est pas encore sorti de l’ombre. Les footballeuses, à l’inverse de leurs homologues masculins, sont pour le moment quasiment condamnées à l’exploit pour que l’on parle d’elles. Si leurs bons résultats leur permettent d’exister médiatiquement, leur statut, leurs conditions d’entraînement et leur vie sportive sont là encore, sans commune mesure avec celles des joueurs.

Dans le football, comme dans le reste de la société, les moyens alloués aux femmes sont différents de ceux alloués aux hommes. A titre d’exemple, lorsque les joueuses de l’équipe de France ont atteint les demi-finales de la Coupe du Monde, elles ont chacune reçu une prime fédérale de 3 500€. S’ils avaient atteint le même niveau de compétition en 2010, les footballeurs auraient remporté chacun 130 000€. Dans le domaine professionnel, les salaires des femmes sont inférieurs de 27% à ceux des hommes, tous temps de travail confondus…

Football féminin+ d’infos

« Football féminin. La femme est l’avenir du foot », Audrey Keysers et Maguy Nestoret Ontanon, éd. Le Bord de l’Eau.

Dans ce contexte, obtenir de bons résultats est un exploit remarquable. Pour autant les joueuses ne se plaignent pas. Elles sont heureuses et fières de jouer au football. Et excusent avec philosophie leur manque de moyens : « On ne génère pas autant d’argent que le football masculin… » Et surtout elles ne cherchent ni la comparaison, ni l’opposition avec les joueurs. D’ailleurs elles n’envient pas leurs moyens.

Le football répond à une règle commune à l’ensemble du sport et se distingue ici de la politique : pour que les footballeuses puissent se consacrer pleinement à leur sport et porter les couleurs de la France dans les mêmes conditions que les hommes, il leur faut des sponsors. Pour que les sponsors s’intéressent à elles, il faut qu’ils aient un retour sur investissement. Pour cela, il faut qu’elles occupent de l’espace médiatique, ce qui nécessite d’avoir du public.

Ces femmes fortes, combatives et qui taclent les préjugés ne marqueront pas le but de la parité et de la mixité dans le sport sans téléspectateurs. Chacun peut agir en restant chez soi devant sa télévision.

Et si le Stade rennais développait une structure féminine ?

La Bretagne est une terre de football. Il n’y a donc aucune raison que le Stade rennais se prive du talent des filles ! En 2012, une dynamique semble avoir été lancée. Le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, a demandé aux clubs de participer à la progression du football féminin, en créant une section féminine ou à défaut une école de football féminin pour développer le nombre de licenciées.

Le gouvernement est aussi intervenu dans le domaine par la voix de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Dans une interview à l’Equipe en date du 29 novembre 2012, elle annonce l’obligation, pour toutes les fédérations sportives, d’adopter en 2013, un plan de féminisation.

Mais pour l’instant, l’initiative de créer une équipe féminine pour le Stade rennais, repose sur l’unique volonté du président du club. Espérons que nous ne serons pas dans l’obligation d’attendre 2023…

Audrey Keysers | Photos : CC Flickr Photoizm et Jake Mates (recardées et retouchées) |¹ 70 ans, est-ce trop vieux pour être président ? (Le Parisien 18/10/12)