MAKING-OF. Bienvenue sur le site du webdoc Des Tours et des Hommes. Un plan d’une partie du Blosne en fond et une pellicule par-dessus, composée des têtes d’illustres inconnus.  D’où sortent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi est-ce qu’on les a interviewés ? Il suffirait que vous regardiez leurs portraits pour en savoir plus, mais comme on est sympa on vous en parle déjà un peu ici.

A l’origine
En avril 2011, Jérémie Lusseau et Sarah Boulanger se sont lancés dans la grande aventure de la réalisation d’un webdocumentaire pas tout à fait par hasard. Sarah travaille comme animatrice multimédia à la Maison des Squares depuis plusieurs années et commence à connaître le Blosne, quartier dans lequel elle ne faisait que passer sans jamais s’y arrêter auparavant. Jérémie est photographe, entend souvent parler du Blosne par Sarah, mais ne connaît pas tellement ce quartier.

L’un comme l’autre n’avaient pas d’a priori particulier sur le Blosne avant de le connaître, mis à part peut-être celui de croire qu’il ne s’y passait pas grand-chose alors qu’un tissu associatif fourni et actif y exerce.

Alors quand un appel à projets concernant l’expression des habitants grâce à de nouveaux médias a atterri sur le bureau de Jean-Marie Michel, directeur de l’association Maison des squares, c’est assez rapidement qu’il en a parlé à Sarah, qui en a parlé à Jérémie, qui a été intéressé, qui a été embauché en qervice civique volontaire grâce à cet appel à projets, et qui un beau matin est arrivé à la Maison des squares avec son appareil photo, engloutissant des litres de café.

« Donner la parole aux habitants »

Marcel, Henriette, Oussama, Marie-Thérèse, Odette, Fanfan, Jadwiga, la famille Boumaraf et Joël ne se connaissent pas tous, mais ils ont pourtant un point commun : le quartier du Blosne. Ils y vivent ou y ont vécu, et ils ont tous quelque chose à en dire. Entre ceux qui s’y sont installés volontairement puis l’ont vu se construire et évoluer, ceux qui y sont arrivés suite au hasard d’une demande de logement HLM, ceux qui y sont depuis longtemps, ceux qui en sont partis et ceux qui y sont nés, les façons d’en parler sont parfois différentes mais le sujet les intéresse.

« Le Blosne est un quartier situé au sud de Rennes classé en ZUS. Il comportait 16 107 habitants en 2008 dont 12% étaient au chômage et 28,4% vivaient dans un ménage à bas revenus.

Hormis ces données purement statistiques, le Blosne est un quartier en pleine évolution où l’on dénombre une trentaine de nationalités différentes. »

(Extrait du webdoc)

Nous avons voulu donner la parole aux habitants de ce quartier similaire à bien d’autres en France : populaires, cosmopolites,  composés principalement de barres d’immeubles plus ou moins hautes, parfois taxé de dangereux, pour lesquels on a même inventé des sigles (ZUP, ZEP, ZUS…), relativement proches du centre ville et pourtant méconnus par ceux qui n’y habitent pas. Alors nous avons souhaité montrer aux internautes qui sont ces personnes qui y vivent, dans lesquelles ils pourront peut-être se reconnaître.

Comment est-ce qu’elles sont arrivées au Blosne, comment est-ce qu’elles y vivent et font vivre ce quartier ? Cela nous a semblé d’autant plus important de le faire à cette période puisque le quartier entre dans un projet de requalification urbaine et sera amené à beaucoup changer dans les années à venir. Certains habitants placent beaucoup d’espoir dans ce projet tandis que d’autres sont déjà déçus des propositions faites par les architectes et urbanistes.

Cette mise en avant du quartier du Blosne au travers du regard d’une poignée d’habitants aurait pu être faite grâce à d’autres types de médias, plus classiques, mais le format webdoc nous a plu du fait qu’il permet de réunir plusieurs  médias en un seul. Il permet ainsi de dépasser le seul cadre de l’image, fixe ou mouvante, du texte ou du son. La découverte de cette « nouvelle manière de raconter des histoires » a été une véritable prise de conscience que de nouveaux cross-médias hybrides voyaient le jour et que ceux-ci étaient accessibles à ceux qui, comme nous, maîtrisent les bases de la création et de la transmission d’information, que ce soit du point de vue de la méthode ou de la technique.

L’idée de proposer un contenu multi-supports, « multi-médias » ne date pas d’hier, mais les outils dont nous disposons actuellement nous ont permis de mettre en place ce «mashup» de manière efficiente et pertinente, du moins nous l’espérons. Il nous a également donné l’occasion d’évoluer dans une zone floue, où les repères et les règles du jeu restent mouvants et à définir. Si ce manque de « cadre » de référence et de méthodologie a pu se révéler par moments inconfortable, il nous a également donné l’envie de relever les challenges créatifs et nous a surtout laissé la liberté de tâtonner pour aboutir à une réalisation qui nous convenait à nous et non à une réalisation répondant à des codes et normes préétablis.

La Maison des squares étant implantée sur le Blosne depuis de nombreuses années, certains habitants la fréquentent régulièrement, que ce soit pour son pôle multimédia, ses cours de français, son centre de loisirs, ou en tant que bénévoles. Ce sont eux que nous avons contactés pour savoir s’ils seraient d’accord pour être interviewés et participer à ce projet.

Pour obtenir une photographie à peu près représentative du quartier nous sommes allés à la rencontre de jeunes et de moins jeunes, de personnes d’origine étrangère et de personnes françaises depuis plusieurs générations, de gens qui habitent au Blosne et d’autres qui en sont partis. Se lancer n’a pas forcément été facile, et puis finalement en passant quelques coups de fil, en expliquant notre projet aux habitants, nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient pour la plupart intéressés et volontaires.

C’est comme ça que nous avons visité l’atelier de Joël, illustrateur, dans lequel on ne sait plus où donner de la tête tellement il y a de choses à regarder, que nous avons passé une journée à l’Apparth avec Fanfan, animatrice d’accompagnement à la vie sociale pour adultes, que nous sommes montés sur le toit d’un immeuble avec Marcel, que nous avons réussi à rejoindre Henriette un samedi matin au marché de Zagreb après une très longue soirée la veille, que nous avons suivi Oussama commentant les endroits dans lesquels il grandit depuis 12 ans tel un vrai guide touristique. Nous avons discuté, écouté, filmé, découvert, et on s’est régalé.

Une fois cette période vraiment chouette, il a fallu passer aux choses un peu plus fastidieuses : les heures de dérushage et de montage, les demandes de subventions à la Ville de Rennes, à la Région Bretagne et au département pour pouvoir payer l’association Bug par laquelle nous sommes passés pour que Dweez et Ben nous concoctent un site comme on en rêvait.

C’est maintenant au webdoc de faire sa vie, il est en ligne pour au moins deux ans, et nous espérons qu’il sera vu par le plus grand nombre, permettant de faire découvrir à chacun le Blosne, ses habitants et plus largement les quartiers populaires.

Texte : Sarah Boulanger, coréalisatrice du webdoc « Des Tours et des Hommes » | Photos : captures d’écran