RETOUR VERS LE FUTUR. Qu’est-ce qui faisait les gros titres des journaux rennais il y a 100 ans ? A l’occasion du nouvel an, Rennes 1720 a exhumé le numéro de Ouest-Eclair (l’ancêtre de Ouest-France) daté du 1er janvier 1913.


Imaginez : vous vous réveillez transporté cent ans en arrière, le 1er janver 1913. Effet secondaire de votre gueule de bois post-réveillon ? Mauvaise blague des Mayas ? Quoi qu’il en soit, il va falloir agir vite si vous voulez rester dans le coup.

Comme Rennes 1720 n’existera pas avant 99 ans et un mois, vous vous procurez la gazette locale : Ouest-Eclair, l’ancêtre de Ouest-France (15 centimes de francs).

Quelle page allez-vous lire en premier ?

A la Une : nuages noirs sur l’Europe
Le journal s’ouvre sur l’éditorial d’Emmanuel Desgrées du Loû (1867-1933). Le cofondateur du journal revient sur l’année écoulée. 1912 a été marquée par la guerre dans les Balkans, prémices de la Première Guerre mondiale (mais ça, vous êtes encore le seul à le savoir). L’Ouest-Eclair, lui, titre : « l’année finit bien ».

Le directeur du journal se réjouit de la « vigueur » de « la vieille race française » et appelle la paix de ses vœux  : « Nous avons assurément plus d’un bon motif d’espérer que l’orage qui menace l’Europe se dissipera prochainement. S’il ne se dissipait pas, si notre destin voulait qu’il éclate, du moins sommes-nous prêts à l’affronter. »

Les publicités vintages
Au détour d’une page, vous remarquez une annonce pour la boutique Grimoux-Poirier,  horloger-joaillier, 5 rue de l’Horloge. Cent ans plus tard, le magasin a changé de nom, mais on y vend toujours des bijoux.

 

 

Les faits divers : vols de lapins et cocaïne
Vous trouviez que les médias du XXIe siècle accordaient une trop grande place aux faits divers ? Le 1er janvier 1913, les chiens écrasés constituaient une bonne partie des informations délivrées par les pages locales. Morceaux choisis :

Heureusement pour vous, la suite est plus soft. Parmi les affaires de ces derniers jours, on compte :

  • Deux vols de lapins. Dans l’un des cas, l’animal a été relâché sain et sauf par son ravisseur dans un champ de choux.
  • La capture d’un sanglier de 120 kilos.
  • Une jeune fille qui a fugué du domicile paternel. L’histoire ne dit pas si elle a pris le maquis à Notre-Dame-des-Landes, comme les deux ados de Puy-en-Velay.

Pas de punks à chiens dans les rues, mais quelques brèves relatent des arrestations pour « vagabondage ». C’est alors un délit puni d’emprisonnement pour « ceux qui n’ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession. »

Médailles et conseil de guerre
Dans les cafés, on ne parle que des négociations en cours entre la Russie et l’Autriche-Hongrie. Il faut dire qu’en 1913, l’armée tient une place importante à Rennes. En 1911, la ville comptait 5000 militaires pour 80 000 habitants, ainsi que de nombreuses casernes.

En vous promenant, vous constatez qu’on joue de la musique militaire au Kiosque du Thabor ainsi que sur la place de la Mairie.* D’ailleurs, la niche centrale de l’hôtel de Ville est occupé par une étrange sculpture…

Reprenant votre journal, vous vous apercevez que l’armée figure en bonne place dans les colonnes de l’Ouest-Eclair, qui annonce les promotions d’officiers… avec les félicitations du journal ! Il y a même une rubrique « conseil de guerre » qui relate les frasques des soldats.

« Le 17 novembre, le lieutenant d’Infanterie coloniale Chellier, qui était entré dans un bazar de la rue de La Fontaine à Cherbourg, vit Lepontois et un autre soldat qui causaient du scandale par leur tenue débraillée. Le lieutenant fit arrêt Lepontois, le compagnon de celui-ci ayant réussi à s’enfuir. Au poste de police, on fouilla Lepontois et on trouva sur lui un bâton de cosmétique et un flacon d’eau de quinine qui avaient été volés au bazar. Le tout était d’une valeur de 1 fr. 60. Le Conseil condamne Lepontois à un mois de prison. »
Les pages Sport

Le nouveau stade de l’équipe rennaise vient d’être inauguré route de Lorient. Les Rennais sont très fiers de cette pelouse moderne dotée d’une magnifique… tribune en bois. Peut-être pourrez vous obtenir un autographe de Joseph Verlet, premier international français à évoluer au Stade rennais ?

A moins que vous ne préfériez lancer des paris sur le match épique qui aura lieu cet après-midi entre l’US servannaise et le C.A. XIVe de Paris. Note du journaliste, un brin mauvaise langue : « Espérons que malgré le jour de l’an, les deux teams seront au complet »…

La rubrique culturelle
Si vous vous dépêchez, vous pourrez assister à la première des « Trois amoureuses », une opérette « merveilleusement montée » selon le critique de l’Ouest-Eclair qui lui promet promet « un énorme succès » à Rennes.

Comme le veut la mode de l’époque, le journal publie tous les jours un extrait de roman sous la forme de feuilleton. Manque de bol, « Le secret du gouffre », de Paul Samy, en est à l’épisode 61, et vous ne captez rien au scénario. Si un lecteur féru de littérature du début du XXe siècle peut nous le résumer dans les commentaires, ce n’est pas de refus…

Les voeux du Maire, Jean Janvier
La nouvelle année est aussi l’occasion pour le maire, Jean Janvier (1859-1923), d’organiser une réception à la mairie. Ancien plâtrier, il fait construire des écoles, veut achever la construction du palais du Commerce et, après la guerre, fera étudier un plan d’extension de la ville.

Le secrétaire général de la mairie en profite pour passer un coup de brosse à reluire en se félicitant « d’être en complet accord avec la population tout entière » et en assurant le Maire du « concours le plus dévoué de tous les agents municipaux ».

Texte : Julien Joly | Images : Archives de L’Ouest-Eclair, 1er janvier 1913 ; A la une : montage L’Ouest-Eclair/Hôtel de Ville de Rennes (Wiki-Rennes, Stephanus) *Source : « Rennes il y a cent ans », Wiki-Rennes