EN IMAGES. C’est quoi, ce roller derby dont vous n’arrêtez pas d’entendre parler ? Pour y voir plus clair, Rennes 1720 est allé à la rencontre des femmes de l’équipe de Rennes.

Si vous ne comprenez rien au roller derby, commencer par aller voir un match est à la fois une bonne et une mauvaise idée. Mauvaise, car dans le feu de l’action, le néophyte ne distingue pas grand-chose. Qui sont ces femmes caparaçonnées qui s’affrontent sur une piste, chaussées de patins ?

Le bon côté, c’est que les équipes ont tout prévu et tiennent à la disposition du public (moyennant 1€) un petit livret qui explique les origines et les règles de ce sport qui monte depuis deux ans.  Mais celle qui en parle le mieux, c’est sans doute Sabine Le Gall, membre de la ligue associative Roller Derby Rennes formée en juillet 2012 :

« Le roller derby, c’est un sport de contact féminin qui oppose deux équipes sur une piste ovale, le « track ». Chaque équipe compte 4 bloqueuses, qui sont comme des défenseuses, et une jammeuse, qui est comme une attaquante.

Le but des jammeuses est de passer au travers des bloqueuses adverses pour gagner des points. Un match se déroule en plusieurs jeux, ou jams, de deux minutes. »

Dimanche 25 novembre, les Déferlantes de Rennes (en marinière) affrontait les Lutèce Destroyeuses de Paris (en orange), au gymnase des Chalais. Les Rennaises l’ont emporté par 168 points à 88.

Derrière les stands de posters et de badges vintages à l’effigie des équipes, les hauts-parleurs diffusent en permanence des morceaux des Gorillaz ou de Led Zeppelin. Ambiance rock’n'roll pour ce sport féminin qui a connu son apogée dans les années 60.

« Le roller derby est né aux Etats-Unis dans les années 30, explique Camille Ceysson, de Roller Derby Rennes. Dans les années 60, des promoteurs l’ont repris pour en faire un sport spectacle.

Ce sport a connu une renaissance au début des années 2000, au Texas, dans le milieu féministe underground. Les filles se le sont approprié, car il ne ressemble pas aux sports habituellement labellisés « féminins ».

Les règles du roller derby expliquées en dataviz sur le site de Roller Derby Rennes, par Blondie Brutale (cliquer pour agrandir).

En France, le roller derby est à la mode depuis la sortie du film « Bliss » de Drew Barrymore, en 2010. Problème : il n’existe alors pas de club. Les plus motivées doivent tout créer de A à Z en s’inspirant de ce qui se fait outre-Atlantique.

Des filles nous rejoignent après avoir vu « Bliss », reconnaît Camille Ceysson. Là où ce qu’on fait diffère du film, c’est qu’on n’est pas sur une piste inclinée, mais sur une plate : le « flat track » ! »

Une équipe masculine à Rennes ? Pas pour tout de suite.

« Les équipes ne sont pas mixtes en compétition, seulement en entraînement.

En fait, il existe très peu d’équipes d’hommes. Ils sont plutôt impliqués en tant qu’arbitres ou comme coachs.

Certains ont suivi leur copine, d’autres rongent leur frein en attendant de pouvoir monter une équipe. A Rennes, il manque encore 20 garçons pour en former une… cela dit, on cherche toujours des arbitres ! »

« Court, intense et stratégique »

La « jammeuse » (photo) est l’attaquante. C’est elle qui remporte les points. Pour cela, elle doit passer à travers le groupe de joueuses, ou « pack ».

La jammeuse gagne un point par joueuse adverse dépassée. Elle doit être à la fois rapide et agile. C’est court et intense, très stratégique.

« On choisit son pseudo et son numéro »

« Chaque joueuse, mais aussi chaque arbitre, prend un pseudo qui reflète sa personnalité. Moi, par exemple, c’est « Cat Vador » ! Ca fait partie du jeu.

On choisit aussi son numéro. C’est très libre, ça peut être quatre caractères alphanumériques. Pour moi : R2D2 ! Mais on croise aussi beaucoup de C3PO, de 666 et de 42… le seul interdit, c’est le n°1. Il a été retiré des équipes en hommage à un groupe de joueuses décédées dans un accident de bus. »

C’est moi, ou une joueuse porte un lolcat sur son casque ?

Les joueuses aiment à customiser leur équipement. Patins, casque, genouillère… un matériel qui peut coûter plusieurs centaines d’euros et demeure à la charge des membres.

Pour Camille Ceysson, « on a besoin de ce côté fun pour supporter l’engagement physique et le travail que demande le roller derby. »

Quatre roues pour mieux encaisser

Si leurs quatre roues peuvent sembler un peu rétro, le prix des patins calme tout de suite : une paire peut coûter « jusqu’à 500 euros, voire plus ».

Traditionnellement, le roller derby se pratique en « quad », plus stable que les roues alignées. « Ca permet de faire des petits sauts et de mieux encaisser les coups ».

« Les gestes sont très réglementés »

« On nous demande souvent si c’est comme dans « Rollerball », s’amuse Camille Ceysson.

Les gestes sont très réglementés. On peut bloquer ou limiter les mouvements de l’adversaire, mais il est interdit de toucher une joueuse hors de la zone de contact réglementaire, c’est-à-dire de l’épaule jusqu’au dessus du genou.

Un patin qui traîne, même si ce n’est pas pour faire un croche pied, c’est l’expulsion temporaire. Après, les chutes sont courantes, il peut y avoir des blessures. »

Y a-t-il un profil type de la joueuse ?

« Les gens viennent de tous horizons : étudiantes, salariées, ingénieures… on a même une vétérinaire agricole et une violoniste !

Chacune vient avec différentes attentes : certaines sont attirées par la culture rock, d’autres par le côté « do it yourself ».

Aujourd’hui, Roller Derby Rennes compte une quarantaine d’adhérents. Âge moyen : 25 ans. En France, où une cinquantaine d’équipes coexistent, le roller derby dépend de la FFRS mais n’est pas encore officiellement structurée.

Pas grave : pour Sabine Le Gall, le côté pionnier et débrouille fait partie du jeu. « C’est nous, les joueuses, qui faisons la ligue. C’est une vraie communauté qui se construit à travers le monde. On sent qu’on fait partie d’un sport qui monte ! »

Propos recueillis par Julien Joly | Photos : Gwenn Chenebaud (match du 25/11 contre les Lutèce Destroyeuses)