Présent lors des mouvements Occupy Wall Street ou des Indignés, le collectif informel Anonymous semble se désintéresser de la « guérilla rurale » de Notre-Dame-des-Landes.

Anonymous

Depuis un an, le masque des Anonymous semblait faire définitivement partie du paysage militant. Pourtant, le mouvement nébuleux demeure absent du bocage de Notre-Dame-des-Landes.

Le mouvement serait-il en perte de vitesse en France ? Oui, estiment des proches du mouvement. Mais ce n’est pas la seule raison de cette apparente indifférence.

Les militants présents à Notre-Dame-des-Landes ne sont pas les mêmes que ceux qui défilaient dans la rue, souvent pour la première fois, pour protester contre le projet de loi Acta. Des manifestations sages, lors desquelles circulait un « code de conduite » prohibant les affrontements avec la police.

Le mouvement anti-aéroport, rural et éloigné des questions de protection des données personnelles, reçoit plutôt le soutien des écologistes ou des indépendantistes bretons. Mais les hackers n’en sont pas absents, comme le signale cet article de Owni.fr.

« Hacktivistes »

Parmi les « hacktivistes » de Notre-Dame-des-Landes, certains connaissent bien le fonctionnement d’Anonymous, même s’ils ne s’en réclament pas et n’utilisent pas ses symboles. « Ils ont autre chose à faire », explique Mathieu*, impliqué auprès des anti-aéroports en tant que spécialiste de la sécurité informatique.

Plutôt que de lancer des cyber-actions retentissantes, il préfère pour le moment former les militants et « analyser les tentatives d’intrusion sur leurs ordinateurs pour en trouver la source ».

Mathieu est également surpris par cette absence de symboles Anonymous à Notre-Dame-des-Landes, « mais c’est un constat, je ne juge pas ». Lors de son dernier passage sur la ZAD, lui-même avait emporté le masque emblématique, mais « n’a pas eu l’occasion de le porter ».

Il faut dire que l’objet, hautement symbolique devant les caméras lors d’une manifestation, n’est d’aucune utilité contre les lacrymos, et devient rapidement handicapant pour se déplacer en forêt.

« Le mouvement perd en crédibilité »

Selon Mathieu, les Anonymous auraient tout à fait leur place dans la lutte, même s’il se défend de vouloir lancer « aucun appel » à des « actions illégales ». Exemples ?

« Une intrusion sur les ordinateurs de Vinci ou de la Préfecture. Des attaques DDOS (saturer les serveurs, ndlr) pour faire un coup médiatique. Et ça intéresserait pas mal de monde qu’il y ait un « Vinci leak »… »

Comprendre : une fuite de données et de documents supposément compromettants pour Vinci, concessionnaire du projet d’aéroport. Marc*, un rennais proche d’Anonymous, n’y croit pas : « Pour quoi faire ? Montrer que Vinci est le « méchant » ? On le sait déjà ! »

Pour lui, le manque d’intérêt d’Anonymous pour Notre-Dame-des-Landes est surtout dû à une « démobilisation citoyenne » :

« Anonymous, en France tout du moins, commence à perdre en cohésion, en crédibilité, et se divise de plus en plus. »

Pour ne rien arranger, le mouvement aurait été douché par l’arrestation de certaines de ses « figures », connues sous les pseudos de Triskel ou Calin.

Car si le mouvement Anonymous n’a pas de structure, il a ses « leaders d’opinion ». Eux seuls seraient capables d’impulser un mouvement d’envergure, selon Mathieu :

« J’ai été leur faire des appels de pied sur IRC pour qu’ils se motivent, et je n’ai vu aucun intérêt dans la communauté francophone. Des connaissances dans la mouvance Anonymous suivent [l'actualité de Notre-Dame-des-Landes], mais sont occupés sur d’autres projets. »

Notamment la guerre en Syrie, où Anonymous a piraté en février des e-mails du cabinet d’Assad. La guérilla bocagère devra attendre son tour.

Texte : Julien Joly | Photo : Un masque de Guy Fawkes, symbole des Anonymous (AFP) | * Prénom d’emprunt.