GRAPHISME. L’équipe du festival de cinéma Travelling a dévoilé ce week-end l’affiche de son édition 2013. Celle-ci met en scène un Ecossais tentant d’empêcher son kilt de se soulever au dessus d’une grille d’aération du métro. Ca ne vous rappelle rien ?

affiche travelling 2013 Ecosse

23/01/13 : Suite à certaines réactions sur Twitter, nous précisons qu’il ne s’agit pas ici de dénoncer un quelconque « recopiage », mais bel et bien d’explorer les réutilisations d’un symbole dans différents univers.

La scène ne dure que quelques secondes, mais elle est devenue mythique.

Le lieu : New York. Le film : Sept ans de réflexion, de Billy Wilder. Marilyn Monroe et Tom Ewell sortent d’une séance de cinéma. Ils viennent de voir L’étrange créature du lac noir (rien à voir avec Nessie).

Soudain, Marilyn s’arrête au dessus d’une grille d’aération du métro. Le souffle soulève sa robe, révélant ses jambes. Nous sommes en 1955, et il n’en faut apparemment pas plus pour émoustiller les spectateurs.

Souvent considérée comme une des images les plus marquantes de la culture populaire du XXe siècle, la scène a visiblement inspiré l’équipe de Clair Obscur, à l’origine du festival Travelling, dont l’édition 2013 sera consacrée à l’Ecosse.

Pourtant, le « Highlander » de l’affiche n’est pas natif du pays de Robert Wallace. Il est Allemand, selon Séverine Létendu, de Clair Obscur :

« Notre image provient d’une fausse publicité pour du whisky, réalisée par une agence allemande dans le cadre d’un concours. C’est un membre de l’agence qui incarne l’Ecossais. Quelqu’un m’avait envoyé cette image par mail pour rigoler, et je m’en suis souvenu au moment de préparer le visuel de Travelling. »

Johannes Pöttgens, l’auteur de l’image, n’est pas le premier photographe à être fasciné par la célèbre grille de ventilation.

Lors du tournage de la scène originelle, le 15 septembre 1954, 1 500 badauds étaient sur place malgré l’heure tardive. Parmi eux, une centaine de photographes, certains tentant clairement d’apercevoir les sous-vêtements de l’actrice. Un coup de pub : le lieu et l’heure du tournage avaient été annoncés dans les journaux.

Cette anecdote est rapportée par Lois Banner, professeur d’histoire et d’étude de genre, dans son livre Marilyn, the passion and the paradox. L’innocence apparente de Marilyn Monroe contraste avec l’érotisme sous-jacent de la scène : pour la spécialiste, le métro, même invisible, reste un « symbole phallique ».

« Billy Wilder, le réalisateur, du film, a fait 14 prises, avec des pauses entre chaque pour laisser les gens prendre des photos. Chaque fois que la robe de Marilyn se soulevait, la foule rugissait (…).

Lors de la seule mention que [Marilyn] a faite de cette séance – une interview de 1962 – elle affirma qu’elle ne pensait pas aux sexe en posant, seulement à s’amuser. »

Pour Lois Banner, Marilyn Monroe, lors de cette séance, n’est pas un jouet sous l’objectif de photographes masculins. Elle reste debout, pas du tout gênée, appréciant la caresse du souffle d’air. Elle maîtrise son image tout comme les plis de sa robe et joue avec le regard des photographes.

Est-ce ce qui la rend si fascinante ? Toujours est-il que la scène a depuis été reprise et parodiée de nombreuses fois, comme le montre cette compilation du New York Magazine, réalisée pour la sortie de My Week With Marilyn (Simon Curtis, 2012) :

Parmi les nombreuses parodies recensées, on retrouve régulièrement le thème du kilt. Par exemple, dans… Les Schtroumpfs (Raja Gosnell, Columbia Pictures, 2011) :

Une façon de moquer l’austérité supposée des Highlanders, ou une référence à la fameuse énigme « Que portent les Ecossais sous leur kilt ? »

Dans cette publicité pour une limonade, c’est le personnage qui vient se placer de lui-même au dessus de la grille :

Sur l’affiche de Travelling, le modèle n’est pas non plus là par hasard. Il semble être descendu du trottoir pour aller délibérément sur la grille et « voir ce que ça fait ». Il n’a pas l’air vraiment surpris, ni gêné. Son visage exprime plutôt une espièglerie décomplexée.

Comme Marylin, l’Ecossais de l’affiche joue avec le regard du spectateur, mais aussi avec ses préjugés supposés : « Vous aimeriez savoir ce que je porte en dessous ? Eh bien, ça ne regarde que moi ».

Quant à la désormais mythique robe blanche de Marilyn Monroe, elle a refait surface en 2011, lors d’une vente aux enchères où elle a été vendue 4,6 millions de dollars (3,2 millions d’euros) de dollars.

Soit environ 2 300 000 tickets de métro.

22/01/13 : Un de nos lecteurs, JPX, nous a fait suivre cet article du site Joe la Pompe, spécialisé dans la traque du plagiat dans le monde de la pub. A droite, ce qui semble être la photo d’origine de l’Ecossais en rouge.

Texte : Julien Joly | Illustration : Affiche Travelling 2013, Clair Obscur