The Urban Voodoo Machine jouait mercredi soir à Rennes dans le cadre du Grand Soufflet. Ce collectif londonien est inclassable. Peut-être une sorte de « blues tzigane » mâtiné de « punk zombie » bien rocailleux… Dur à imaginer ? Attendez, on va vous montrer !

 

Nous voilà assises, ma sœur et moi, dans l’arène que forme le chapiteau du Grand Soufflet place du Parlement. Dans ce contexte convivial, on ne sait que peu à quoi s’attendre : certes, un groupe londonien déluré aux tendances rockab’ et aux sonorités tziganes, mais sinon ?

Le Grand Soufflet nous informe de l’absence de l’accordéoniste pour des raisons médicales, puis laisse place à The Urban Voodoo Machine.

C’est en dansant que nos sept comparses débarquent sur scène, tous costumés et imprégnés d’un univers ressemblant à celui de la fête des morts, mêlant gaieté morbide et sorcellerie vaudou : nous voilà face à un prêtre jouant de la contrebasse, à un zombie derrière ses percussions ou encore à une chef de file tout droit sortie d’une fanfare.

Un petit air de Monty Picon

Leur accoutrement en dit long sur leur musique. Ce concert s’apparente à un voyage en train arpentant les différents univers du groupe comme on fait escale dans différents pays.

Un véritable melting-pot de swing, de scat, de rock, tirant parfois sur le ska en passant par des mélodies dignes du tango, du tzigane ou encore du cabaret !

Mais ce méli-mélo musical réussit à rester tout à fait cohérent, avec pour fil rouge cette rythmique tribale typique du rockabilly rappelant des groupes tels que Demented Are Go ou Batmobile. L’esprit de fanfare me fait aussi penser aux Rennais de Monty Picon.

En l’absence d‘accordéoniste, une volontaire s’est attelée à la difficile tâche de suivre avec brio ce train musical le temps du concert. Le groupe la guide et lui accorde une place au cœur de leur musique.

 

Chanteur de gouttière

Le public chante et frappe dans ses mains sous les appels du chanteur : favoris et crâne rasé sous son chapeau noir, il guide le groupe tout au long du concert, habillant les rythmiques de sa voix de crooner.

Le chanteur est une véritable bête de scène et ressemble à un matou de gouttière tout droit sorti d’un film. Il ne manque pas de faire faire des pirouettes à son micro et d’agrémenter son show de grimaces et d’acrobaties.

Passant du personnage burlesque au jazzman charismatique, le voilà qui s’adonne à un solo de guitare. Il joue avec les musiciens qui tantôt chantent, tantôt s’échangent les instruments sans même qu’on ait le temps de le remarquer !

Harmonica, cuivres, percussions, cymbales… tout y est ! La pin-up aux cheveux rouges est la seule femme au milieu de ses six drôles de bonshommes, mais s’inscrit comme une évidence dans de cette petite famille de génies.

« Love song » fut un des titres phares de la soirée : soudain, le groupe effectue un véritable arrêt sur image et nous laisse observer plus précisément pendant quelques secondes l’ambiance visuelle de la petite troupe.

L’éclairage du chapiteau fait naître des monstres enfantins en ombres chinoises derrière nos protagonistes. En plus de combler mes oreilles au niveau sonore, ils occupent la scène à merveille et réussissent à maintenir non seulement mon attention mais aussi un niaiseux sourire sur mon visage…

 

Cabinet de curiosités

Avec « Go East », le train s’accélère et l’on pénètre à chaque titre un peu plus dans l’univers de The Urban Voodoo Machine. Mes jambes battent en rythme tandis que j’essaye de prendre des notes tant bien que mal.

« Pipe and Slippers » m’emmène du côté de Huckleberry Finn, « Emptines » me transporte jusqu’en Espagne et « Crazy Maria » me donne des envie de salsa… Mais comment font-ils ? Comment est-ce possible de marier tant de saveurs différentes en un si parfait cocktail ?

Ma sœur patate tente de faire quelques croquis mais les images se multiplient. Tout droit sortis d’un cabinet de curiosités, les voilà arborant une tête de mort à paillettes, une coupe banane, un collier d’osselets, des chaussures en croco et autres petites merveilles illustrant bien l’identité de ce tohu-bohu orchestré et subtil.

Les gens remuent, même le technicien lumière ne peut s’empêcher de se dandiner en rythme, et nous voilà tous comme hypnotisés. C’est dans une ambiance chaude et sensuelle que le chanteur prend le temps de parler un peu, de dire merci et de mettre en avant ses congénères.

« Goodbye to Another Year » est peut-être le titre qui m’a confirmé une évidence : c’est pas très pratique de danser assise sur un banc ! Et voilà que cette chanson me fait penser aux argentins de Simja Dujov qui cet été nous avaient fait danser sur de la « latin jewish gypsy music ».

Le public ne se contentera pas de ça et le rappel est évidement de mise. The Urban Voodoo Machine nous offre alors ce qui s’apparente à un bœuf pas si improvisé que ça, mêlant un pudique « strip-tease » du chanteur à des accords rappelant « La Grange », « Baby Please Don’t Go », la B.O. de « Pulp Fiction » ou encore des « Blues Brothers ».

Ça y est, nous voilà arrivés en gare. La troupe remercie à nouveau et nous offre un salut théâtral pour finalement se frayer un chemin dans la foule afin d’atteindre la sortie.

Nous les retrouvons alors près de leur stand afin de pouvoir discuter et tenter de ramener une dédicace ou un  CD… Et le pire dans cette dans cette histoire, c’est que je n’avais même pas un billet de 10 € sur moi pour au moins garder une trace de ce voyage !


Bonus : 6 questions à The Urban Voodoo Machine

Rennes 1720 : D’ou vient le nom de votre groupe ?

Paul-Ronney Angel (le chanteur) : Nous sommes une grosse machine, avec pas mal d’influences vaudou… Et pour « urban », c’est parce qu’on vient de Londres !

Vous définissez votre musique comme « Bourbon soaked gypsy blues pop n’stroll ». Ca veut dire quoi ?

C’est la musique qu’on joue, un mélange des différents styles qui nous ont influencés : blues, musique gitane et latine, ska, rockabilly, jazz, surtout des vieux trucs. On tente de mélanger le tout et de faire notre propre musique à partir de ça !

Le meilleur truc à boire en écoutant votre musique ?

Je recommanderais définitvement le bourbon, parce qu’on se dit « trempés dans le bourbon » (bourbon soaked en V.O., ndlr). J’aime bien le “Four Roses”. Apparemment c’est assez habituel en France, c’est un peu le bourbon standard, mais il est assez dur à trouver en Angleterre.

Quel est votre film de zombies préféré ?

J’en ai pas, j’ai juste à regarder notre batteur (l’homme maquillé en vert, ndlr), c’est lui mon zombie préféré. Il est « mort-vivant » depuis 307 ans !

Quel est le truc le plus terrifiant que vous ayez fait sur scène ?

Je sais pas, j’ai tendance à finir nu des fois…

Alors, vous allez vous mettre à poil ce soir ?

Je crois pas, il fait plutôt froid… mais je suis sûr que je vais me réchauffer.


Texte : Eni Patate | Dessins : Djoul Patate | Propos recueillis par Gwenn Chenebaud | Vidéo : The Urban Voodoo Machine / John Bland Production/  One Eyed Monster