INTERVIEW. Chapelier Fou jouait samedi au diapason. Sa musique, d’un genre unique, mêle les instruments électroniques aux plus classiques, comme la guitare et le violon. On est allé le déranger avant son repas.

Ecouter l’intégralité de l’interview :

1 « Pas de politique dans ma musique »

 

Chapelier fou

Chapelier fou

Sur ton T-shirt, on peut lire « Personne ne m’arrêtera parce que je ne vais nulle part ». Ca a une importance pour toi, ce genre de message ?

Non, je sépare la musique de tout message politique.

A ce propos, je me suis pris la tête pas plus tard que hier soir à Metz à cause d’un t-shirt qui reprend un titre d’un morceau de Third Eye Foundation, « If you treat us all like terrorists we will become terrorists ». (Si vous nous traitez tous comme des terroristes, nous deviendrons des terroristes, ndlr).

Ils ont pris une photo où je portais ce t-shirt pour l’inauguration de la scène de musique actuelle à Metz, et ils ont flouté le mot « terroriste ». Quand tu réfléchis au sens du t-shirt, c’est complètement débile ! Les politiques sont des frileux et des cons.

 Comment décrirais-tu ta musique à des gens qui ne la connaissent pas ?

C’est électronique. J’utilise un ordi qui est un peu au centre de tout, des synthétiseurs, analogiques ou non… À côté de ça, pour moi, jouer un clavier ça reste jouer un clavier quels que soient les sons qui en sortent, électroniques ou pas. Moi je suis autant instrumentiste que claviériste, enregistreur de son et synthétiseur. C’est électronique par volonté de m’ouvrir et d’expérimenter.

 

2 Il a une formation de musicien classique

Faut aussi rappeler que tu as une formation classique à la base…

Ouais, j’ai fait du violon et du clavecin au conservatoire. Je suis venu à la musique comme ça. Cela m’a appris à jouer un peu de violon, très vaguement du clavier et, surtout, ça m’a donné l’envie d’analyser.

Ce délire analytique me plaisait, même si ça me faisait chier pendant un moment. On se rend pas forcément compte quand on a le nez dedans. J’ai arrête le conservatoire, je devais avoir 16-17 ans et c’est là que j’ai compris…

 …à quel point c’était nécessaire ?

Dès que j’ai arrêté, je me suis rendu compte de ce que j’avais appris. On m’avait pas forcément donné toute les clefs, ni le sens de ce qu’on m’apprenait. Ca m’est arrivé d’un coup dans la gueule. Ca a été encore pire quand j’ai fait une fac de musicologie.

 

3 Il fait de la musique pour comprendre la musique

Comment tu te situes par rapport à toute cette culture classique que tu as emmagasinée au fil des ans ?

J’ai toujours aimé me plonger dans la pratique de certains compositeurs. C’est pour ça que je fais de la musique, pour comprendre des techniques et les manipuler. A la limite, écrire des morceaux, j’en ai rien à foutre. Ce qui m’anime vraiment, c’est comprendre certaines démarches caractéristiques de certains compositeurs, et puis voir ce que je peux en faire avec mon ordinateur.

Dans ton album « 613″, on trouve un titre qui s’appelle « Le quart de ton ». Un ami musico a essayé de m’expliquer ce que c’était mais je n’ai pas compris…

C’est un clin d’œil à un ingénieur du son marocain qui s’appelle Mémène. Un soir, alors qu’on était au bar, il me dit : « Ta musique est super cool, mais c’est vraiment de la musique de blanc, il manque le quart de ton ! »

En fait, le quart de ton, c’est dans certaines échelles extraeuropéennes. [En Europe] on divise l’octave en 12 demi tons, donc si tu le divises en 24 tu divises en quart de ton. Ce sont des notes entre les notes si tu veux.

Invisible

L’album « Invisible » de Chapelier Fou

4 Ses morceaux ne sont jamais figés

Sur ton site, tu dis avoir de l’appréhension à finir tes morceaux. Pourquoi ?

Un compositeur à l’ancienne, il écrit sa partition, et c’est fini, basta. Mes morceaux évoluent, de temps en temps je peux les retravailler. Les formes fermées de composition ne m’intéressent pas.

Les morceaux peuvent changer entre l’enregistrement d’un disque et le jeu en live. Il y a des choses possibles en live et qui vont être impossibles sur disque… Une version sur disque ne signe pas la mort d’un morceau.

Du coup, ça pose la question de ce que tu préfères ! Studio ou scène ?

Le studio, ça peut être vachement cool quand tu trouves une dynamique et que tout coule de source. C’est vachement plus dur quand tu sais pas trop où tu vas, que ça prend plein de temps et que tu attends ce moment où les trucs commencent à prendre du sens. C’est un peu plus « torture psychologique », le studio ! Par contre le live, c’est juste la torture physique (il montre ses mains abîmées en riant). C’est faire des bornes, c’est porter des trucs, c’est pas dormir, c’est la fatigue…

 

5 Il a deux chats

Sur ton dernier album, « Invisible », il y a deux morceaux marquants par leur côté mélancolique. C’est « Fritz Lang » et « Cyclope and Othello ». Ces noms évoquent des trucs forts, assez mystérieux…

C’est pas mystérieux du tout, Cyclope et Othello, c’est mes chats !

Faut pas avoir la prétention de mettre des trucs là où il n’y en a pas. Pour Fritz Lang, quand j’écrivais ce morceau je regardais beaucoup « Le Mépris » de Godart. Et y a Fritz Lang qui joue dedans et qui sort à Michel Picoli : « Il faut souffrir » comme ça, avec son accent.

C’est une phrase qui peut paraître super dure alors qu’en fait, c’est hyper encourageant pour moi. Y’a une idée de fatalité qui peut avoir un aspect rassurant. Je voulais sampler cette phrase, mais ça marchait pas, du coup je l’ai mise par un autre moyen. C’est à dire en appelant le morceau Fritz Lang.

Propos recueillis par Hadrien Bibard | Photos : DR