INTERVIEW. Rencontre avec Dirty Coq, de The Experimental Tropic Blues Band. La malbouffe, des sushis et un bouc découpé à la hache font partie des ingrédients de « Liquid Love »,  leur dernier album, produit par Sa Majesté Jon Spencer. Le groupe belge jouait samedi à l’Ubu pour les 20 ans de Banana Juice.

Écouter l’intégralité de l’interview :

 

« Les Bretons sont plus cools »

TETBB dirty coq

Dirty Coq

Rennes 1720 : Pourquoi ce nom à rallonge ?

Dirty coq : Je sais pas. C’est un peu compliqué. Y avait que moi et Devil Inferno à la batterie, il fallait trouver un nom de groupe. On s’est un peu dépêché et on a trouvé ça. C’est vrai qu’on est un peu expérimentaux dans la recherche sonore en tous cas. Et le « Tropic », c’est le côté blues exotique du blues band. Mais c’est vrai que notre musique a de moins en moins avoir avec le blues…

Votre batteur me disait qu’il trouvait un certaine proximité entre Rennes et Lièges, votre ville d’origine…

Je pense que la Bretagne est différente du reste de la France.

Ah, carrément ?

Oui. Je trouve les Bretons plus cools, et nous à Lièges on est de tempérament cool.

« On fait de la musique naïvement »

Enregistrer « Liquid Love » aux Etats-Unis semble avoir été un moment fort pour vous. Qu’est ce qui vous aviez en tête en commençant à travailler dessus ?

Nous, on fait de la musique naïvement, comme la première fois que j’ai touché une batterie ou une guitare.

En fait, on était en train de travailler sur un disque, et c’est seulement après qu’on s’est dit que ce serait bien de le faire différemment cette fois-ci. Pourquoi pas demander à un producteur artistique ?

Il y a un festival à Lièges, les Ardentes, où passait Heavy Trash avec Jon Spencer. Pourquoi pas lui ?

On le respecte beaucoup dans sa manière de faire de la musique, il nous a vachement influencés. Alors on y est allé au culot, on est passé aux Ardentes et on lui a demandé tout bêtement. Jon nous a dit : « Je mets pas mon nom sur n’importe quoi. Envoie-moi du son, et après je te dirai ». On lui a envoyé, ça le bottait à fond !

Le groupe rennais Bikini Machine, lui aussi produit par Spencer, n’a pas été aux Etats-Unis pour enregistrer le Full Album. Ils ont tout fait par Internet. Vous, vous êtes allés à New-York, dans le studio de Spencer. Est-ce que vous avez vu une grande différence avec l’Europe dans la manière de faire du rock, dans le traitement du son… ?

[Jon] nous a appris à privilégier l’émotion à la performance. On ne faisait que trois prises maximum. Souvent, il gardait la prise la plus émotive, bourrée de fautes.  La confrontation avec les Etats-Unis nous a permis d’être vraiment libres dans ce qu’on fait, avec nos qualités et nos défauts.

Le travail en studio, c’était sur bandes analogiques, tu peux pas replacer un coup de batterie, te faire chanter juste, tout ça…

Lors des tournées là-bas, on s’est retrouvé dans des bleds vraiment bizarres où tu as trois minutes pour te brancher. T’as ta guitare, ton ampli qui ne fonctionne pas, une batterie à moitié déglinguée et tu dois jouer. C’est vraiment l’école du rock’n'roll.

Votre dernier album semble plus accessible au grand public… avez-vous été influencés par votre travail avec Jon Spencer ?

En arrivant aux Etats-Unis, nos morceaux étaient déjà presque entièrement écrits, avec juste une guitare, un harmonica et une batterie. Jon Spencer a rajouté plein de trucs, comme de la contrebasse, du xylophone…

En tant que producteur artistique, il a poussé le côté country américain des morceaux. On lui a donné carte blanche, on voulait y aller à fond et mettre nos tripes sur disque.

Les questions culinaires à la con

Un des titres du disque s’intitule « The Best Burger ». C’est quoi, le meilleur burger que tu as mangé?

J’en ai mangé un très très bon à Berlin au White Trash fast food, où ils ne vendent que des burgers. Y’a des groupes de rock qui jouent pendant que tu bouffes, c’est assez impressionnant. C’était le Elvis Burger, avec de la choucroute dedans.

« The Best Burger », c’est une vision des Etats-Unis par des Européens, avec leurs qualités et leurs défauts : la liberté d’expression, mais aussi des pubs pour des chirurgiens esthétiques dans l’avion, ou pour des avocats dans le métro.

Et ce titre a un clip génial (voir ci-dessous), on dirait un hommage aux films de série Z, hyper gore…

On avait vraiment envie d’un clip cheap fait avec deux bouts de ficelle. Pour ça, on a demandé de l’aide à une équipe belge, Sauvage Sauvage. On leur a donné les grandes lignes : série Z, gore… on s’est amené un jour, on s’est mis devant un fond vert, on s’est pris des litres et des litres de liquide coloré… Ils ont été acheter un bouc mort pour faire ce truc-là et ils l’ont découpé eux-mêmes, à la hache et tout, c’était déjà gore avant de commencer !

Un autre titre qui fait référence à la nourriture, « TETBB Eat Sushi ». Alors, c’était quoi, ton meilleur sushi ?

C’était à New-York, justement. On avait été manger des sushis dans le Lower East Side avec Jon. Un truc énorme, des sculptures en glace avec des sushis dessus, c’était fou ! Jon a pris un bout de papier, il a écrit « TTEBB Eat Sushi », et il nous a dit « maintenant, vous chantez ça ».

« Je veux plus enregistrer un disque coincé dans mes baskets »

Les Américains ont-ils une autre conception du live que les européens ?

Je sais pas si il y a une autre conception du live, mais c’est vrai qu’il y a une autre manière de faire de la musique. Y a plein de groupes « garage » qui ne s’appliquent pas pour jouer ni pour enregistrer, comme les Black Lips. C’est de la musique simple, sans prétention, avec un son pas spécialement extraordinaire, très pourri même.

Nous en Europe, on va faire un disque où ça chante juste, où on se plante pas… Moi, je veux plus jamais enregistrer un disque comme ça, coincé dans mes baskets. Je veux me sentir libre.

Je me souviens d’un enregistrement pendant lequel je me suis planté dans les paroles. Je me reprends, et Jon me dit : « Ca c’est du génie !».

En France aussi, y’a plein de groupes qui ont cette démarche, un peu à l’américaine. Je pense au Magnetix ou à un groupe parisien, Jack of Heart.

Vous en êtes où dans vos projets ?

Ce soir (samedi, ndlr), on joue des morceaux du prochain album. On a envie de changer un peu, parce que ça fait presque un an qu’on tourne avec « Liquid Love ». On est en train de préparer un disque qu’on va sûrement faire avec de plus petits moyens. On y fait une critique de la Belgique.

Qu’est-ce que vous allez dire sur la Belgique ?

On dit à un moment que la Belgique est coupée en deux, le Nord et le Sud. Au nord, il y a la mer, donc on dit « ils ont pris les moules, on a pris les gaufres ». C’est une critique drôle, qui caricature et qui laisse la place à l’imagination.

Propos recueillis par Hadrien Bibard | Photo : The Experimental Tropic Blues Band