Polémique sur la présence de Total dans l’espace de Viva-Cités consacré à l’environnement.

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Cette année, l’événement Viva-Cités faisait la part belle à l’écologie, avec une exposition consacrée à la biodiversité, ou encore l’impressionnante « Expédition végétale » qui donnait à la place Charles-de-Gaulle des airs de jardin de Jules Verne.

Dans l’espace « Je change, ça change tout », un stand aux couleurs vives illustrait les enjeux de l’énergie solaire. Personnel aimable, dépliants et posters couverts d’images de nature… le tout estampillé Total.

Le groupe n’avance pas masqué. Le 7e pétrolier mondial sponsorise Viva-Cités à hauteur de 20 000 euros, aux côté d’Yves Rocher (10 000 euros) et de Suez (120 000 euros).

Parmi les visiteurs, certains s’étonnent de ce partenariat entre la capitale de la Bretagne et Total au lendemain de sa condamnation pour la marée noire de l’Erika.

Pourtant, le groupe soutient depuis des années des projets locaux, en Bretagne comme dans le reste de la France : forum Libération à Rennes, restauration des remparts de Dinan, du pont tournant de Redon…

Une aide accueillie à bras ouverts par des collectivités locales en manque d’argent frais.

« On sait que notre image est mauvaise dans les médias »

Sur le stand, certains employés ne se privent pas de pointer les propres contradictions des Bretons :

« On sait que notre image est mauvaise dans les médias. Mais quand il y a une pénurie d’essence, c’est vers nous que les gens se tournent ! » D’autres remarquent que « c’est Rennes Métropole qui a fait appel à nous. »

Sébastien Sémeril, vice-président de Rennes Métropole, justifiait samedi au micro de Canal B :

« On nous parle régulièrement du coût d’une telle manifestation. Il était légitime qu’on aille chercher des partenaires privés pour accompagner ce projet. »

« [Total] renvoie à une problématique : comment pouvons-nous imaginer une société sans pétrole ? Qu’une entreprise comme celle-ci vienne poser ces questions avec son identité, je trouve ça bien, courageux, et on l’assume. »

Et si en plus d’être courageuse, l’entreprise est généreuse…

Quizz « Les Incollables : La planète se réchauffe ! » distribué par Total lors de Viva-Cités. (source)

Greenwashing ?

Résultat de ce mélange des genres « assumé » : on ne sait pas très bien si Total est à Viva-Cités en tant qu’expert de l’énergie solaire, ou pour promouvoir sa marque.

Pour Greenpeace Rennes, aucun doute :

« Leur stratégie est de communiquer sur leurs activités les moins polluantes alors qu’elles ne représentent qu’une petite partie de leur chiffre d’affaire. Ce que l’on peut qualifier de greenwashing. »

En d’autres termes : se donner une fausse image « éco-compatible » à grands coups de publicité. Ce n’est pas la première fois que Total est accusé de tels procédés.

De son côté, Thierry Panaget, directeur des relations régionales ouest de Total, défend sa vision du métier :

« Quand on est rentré dans le solaire, on nous a dit « vous voulez vous refaire une virginité environnementale ». Mais si on y a investi plusieurs milliards d’euros, c’est qu’on y croit ! »

Jean-Yves Daclin, directeur du photovoltaïque chez Total, confirme : « On se prépare à la fin du pétrole, même si ça n’arrivera pas avant plusieurs décennies. »

Publicité Total, 1971 (Ina)

Retarder l’échéance

Les ressources pétrolières s’épuisent. Total le sait, mais cherche à retarder l’échéance. Et en attendant, il n’investit pas que dans les énergies renouvelables.

Le groupe recherche désespérément de nouvelles sources de pétrole, comme les sables bitumineux… dont l’extraction est considérée comme particulièrement polluante, selon un article du Monde.

Florian Guillaume, président de l’association Carrot Community, engagée dans le développement durable, conclut :

Peut-on croire qu’au delà d’une campagne de communication, le groupe se sente l’obligation d’agir pour l’environnement ? Je le crois, car c’est leur intérêt même qu’ils préservent. »

« A nous de les inciter à effectuer la transition le plus rapidement possible. »

Un groupe pétrolier peut-il agir en faveur de l’environnement ? Total est-il un expert impartial dans le domaine des énergies alternatives ? Venez en débattre dans les commentaires !

Texte : Julien Joly | Photo : La tour Total à La Défense, Paris CC Flickr francki.photo