RENCONTRE. « J’me barre », « La rage », « une contestataire qui fait du rap ». Voilà à quoi se résumaient mes modestes connaissances sur Keny Arkana hier soir, un peu avant 20h30.

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Si vous avez raté le début

La rapeuse marseillaise Keny Arkana a enflammé l’Antipode jeudi soir, à Rennes. Elle jouait notamment des morceaux issus de son nouvel album, « Tout tourne autour du Soleil ».

Je m’étais retrouvée à l’Antipode un peu par hasard : une collègue ayant été empêchée au dernier moment, c’est moi qu’on avait envoyé couvrir le concert rennais de la chanteuse ! Une bonne occasion d’en découvrir un peu plus sur cette « enfant de la rue ».

Dans la file d’attente, je me renseigne donc auprès des personnes présentes. Phillipe, 53 ans, me vante l’énergie incroyable de la jeune marseillaise. Antonin, 21 ans, évoque ses textes engagés. Odette, 61 ans, me parle des émotions que suscitent les morceaux de Keny Arkana. Sa chanson préférée ? « La mère des enfants perdus ».

« Il y a toujours quelque chose dans ses paroles qui nous renvoie à nous-mêmes, on se reconnaît dans ses textes. »

Odette a découvert Keny Arkana grâce à son fils et c’est ce dernier qui lui a offert la place de concert. Moi qui m’attendais à ne voir que des jeunes, je suis agréablement surprise.

Je me rends vite compte que le public est très hétérogène : on croise des casquettes, des capuches, des crêtes multicolores, des dreads, des chignons, des cheveux blancs et des sans cheveux.

La salle se remplit progressivement. Ce soir, c’est RPZ, un rappeur engagé qui fait la première partie de concert. Un peu déroutée par l’agressivité du premier morceau, je finis par me laisser charmer par la simplicité du personnage.

Puis Keny Arkana débarque au son de « Buenos Dias ». En un instant, la salle jusqu’alors plutôt calme se transforme en champ de bataille : les cris, les notes et les morceaux qui s’enchaînent donnent envie de prendre la pilule rouge et de « rentrer dans la matrice » comme le missile dans la chanson de Keny.

« Buenos Dias », de Keny Arkana, album L’Esquisse Vol.2, 2011

« Wesh la Bretagne »

Le concert vient à peine de commencer et l’atmosphère est déjà survoltée. « Merci d’être là ce soir ! » lance Keny Arkana, un grand sourire aux lèvres.

« J’me barre » fait l’unanimité : tout le monde accompagne la fugueuse dans sa fuite en chantant avec elle. Puis la musique s’adoucit et Keny introduit son morceau « Sans terre d’asile » par un texte a cappella : « Ecrasée par terre, la vie m’a dit : Lève toi et marche ».

Après le morceau révolté « Indignados », la chanteuse lâche un « wesh la Bretagne » qui provoque (évidemment) un grondement de satisfaction dans la salle. Keny s’éclate sur scène, nous dans la fosse.

Le public scande le nom de Keny pendant que Keny scande « Rennes » avec ses musiciens : un instant d’échange qui fait plaisir à vivre !

« Est-ce qu’il y en a qui ont la rage ici ? »

Les notes de « Ils ont peur de la liberté » s’échappent à peine des amplis que le public s’embrase à nouveau. Je commence à comprendre pourquoi ces textes touchent tant Odette et d’autres.

J’aperçois d’ailleurs la sexagénaire qui se déchaîne, le poing en l’air. Keny Arkana se donne sans relâche depuis maintenant une heure, elle vit ses chansons, les partage.

La musique finit par s’arrêter et laisse place au brouhaha. Mais l’attente est de courte durée puisque Keny revient pour un rappel.

« Est-ce qu’il y en a qui on la rage ici ? »

« La rage »prend possession de la salle. Keny Arkana saute partout, se jette dans la foule et on ne peut pas s’empêcher de vivre à fond l’euphorie de cette fin de concert avec elle.

« Prenez soin de vous la famille, vive la Bretagne ! » conclut-elle avant de partir, faisant place aux trombes d’applaudissements.

KENY ARKANA CONCERT ANTIPODE

Elaboratoire

Après le concert, on retrouve Keny dans sa loge.

Ses amis et ses musiciens sont assis dans des canapés. Sur la table, des bonbons, une bouteille de whiskey et des cendriers. Keny est assise dans un fauteuil, une serviette sur la tête, l’air fatigué mais satisfait.

Aussi généreuse sur scène que « backstage », elle nous offre à boire et nous demande si le concert nous a plu. Je lui dis que pour ma part, j’ai pris une grosse claque.

On parle de son énergie débordante, de sa générosité sur scène et elle nous répond en riant que pourtant, la veille, elle a très mal dormi à cause de l’humidité. « C’est vraiment humide la Bretagne », dit-elle avec son accent marseillais.

Elle nous explique qu’elle était stressée avant de monter sur scène puisque ce n’est que sa deuxième date pour cette tournée et qu’elle n’est pas encore tout à fait au point.

Son nouvel album semble moins enragé que « Entre ciment et belle étoile ». C’est parce qu’elle a moins « la rage » ou parce que l’actualité a changé ? « Tu trouves que ça a changé, toi ? » répond-elle du tac-au-tac avec un regard plein de défi.

Elle explique ensuite que, sans doute, son nouvel album est plus calme, mais qu’elle ne s’en rend pas trop compte. Selon elle, il serait « plus poétique que politique ».

Avant de partir, on lui demande ce qu’elle pense de la Bretagne (hormis le fait que ce soit humide)  : « J’aime la Bretagne, le coté indépendantiste tout ça… ! » Elle nous parle aussi de l’Elaboratoire, le squat du cimetière de l’est, qu’elle a fréquenté la dernière fois qu’elle a fait un concert à Rennes.

Quand on lui parle de la réquisition de 2300 m² ouverte à Pacé par le collectif Droit au logement, ses yeux pétillent de curiosité. Ses fans savent que pendant les tournées, elle préfère dormir dans un squat plutôt que dans un hôtel. Entre ciment et belle étoile.

Texte : Coraline Lafon | Photos : Julien Joly