Lucie* collecte des dons auprès des passants pour Aides, une association de lutte contre le VIH. Elle conteste les critiques dont les collecteurs et leurs employeurs sont la cible depuis quelques années.

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Une femme portant la tenue des collecteurs de dons pour Aides, à Paris ( Photo : ONG Conseil, détail)

Si vous avez raté le début…
« Bonjour ! Vous avez une petite minute ? » Scène familière  : depuis fin septembre, on peut voir des équipes de jeunes en t-shirt rouge dans les rues de Rennes.

Leur but : collecter des dons par virement bancaire pour Aides, association qui lutte contre le VIH.

Ces « recruteurs de donateurs » sont formés et embauchés par ONG Conseil, une SARL qui propose ses services de collecte à de nombreuses organisations.

Dans son livre polémique « Donateurs, si vous saviez… », le journaliste Marc Reidiboym accuse ONG Conseil de forcer la main aux donateurs en les culpabilisant.

Un point de vue que ne partage pas Lucie*, étudiante originaire de Dol-de-Bretagne et recruteuse pour Aides en région parisienne. Pour elle, collecter des dons est avant tout une façon de s’engager pour une cause et de faire de nouvelles rencontres.

« J’ai un bac ES et à peu près une année de fac de psycho dans les pattes.

Ce qui m’a motivée à faire ce job ? Dépenser mon énergie dans quelque chose d’utile pour les autres, le contact avec les gens, bosser en équipe…

Ce qui me motive maintenant que je fais ce job ? La même chose, mais je rajouterais que j’apprends à avoir confiance en moi. Je me prouve tout les jours que j’existe à travers ce que je fais.

Il n’y a pas d’astuces

Il n’y a pas « d’astuces » particulières pour faire ce travail. On est fait ou non pour ça.

Je suis payée environ 10 euros de l’heure. Je travaille de 11 h à 19h, 35 heures par semaine. Je refuse catégoriquement que l’on me dise « commerciale ». Je ne suis pas payée au bulletin, heureusement !

Parfois, un donateur potentiel ne peut pas me donner toutes les informations nécessaires. Je dois alors le recontacter par téléphone. Cela, je le fais sur mes temps de pause, le soir ou le week-end.

A ce moment-là, je m’aperçois que certains, qui n’ont pas osé dire « non » dès le début, m’ont donné un faux numéro, ou ne répondent pas.

On perd du temps et de l’argent, mais c’est aussi un bulletin de gâché, ce qui n’est pas très écologique…

On ne fait pas culpabiliser les gens !

Les points positifs ? Je dors mieux. A la fin de la journée, j’ai la satisfaction d’avoir tout donné et je suis épuisée.

Et comme je souris tout le temps aux gens, j’ai la patate tout le temps. C’est addictif. Dans la rue, les qualités essentielles à avoir : la combativité, la bonne humeur, et la zen attitude.

Les gens ne s’arrêteront pas si je leur renvoie une image « en chien de bubu » (quelqu’un qui ne pense qu’au chiffre de la fin de journée) ou « qui pue la défaite ». Et il m’est même arrivé de garder contact avec certain-e-s donateurs-trices.

Quand quelqu’un s’arrête, mon objectif premier est de lui faire passer un bon moment. Parce qu’en me permettant de « voler » 5 minutes de leur vie, il faut que j’en « vaille le coup ».

Je pense que Marc Reidiboym, qui accuse les recruteurs de faire culpabiliser les gens, n’a rien compris.

Les gens recrutés ainsi ne seront pas de vrais donateurs réguliers. Je pense qu’un donateur restera plus longtemps si ses convictions profondes sont sollicitées, et non sa pitié.

D’ailleurs, pour se « désabonner » de Aides, un simple coup de fil suffit et le numéro (non surtaxé !) est noté sur l’exemplaire que l’on donne au donateur lors du recrutement.

« Sales putes de l’Enfer ! »

Sur place, la température et la météo sont importantes, mais on est tous des enfants de la rue. Il faut faire avec et ne pas se plaindre.

Je rencontre en général trois catégories de gens :

  • Ceux qui sont motivés pour soutenir l’asso,
  • Ceux qui nous ignorent ou nous gratifient d’un « j’ai pas le temps » plus ou moins poli.
  • Les autres. Par exemple, ce SDF bien torché qui venait nous traiter de « pédés » ou de « sales putes de l’Enfer ». Ou encore cette vieille dame qui nous avait dit « Je n’ai pas couché depuis 30 ans, vous devriez faire pareil ! »

Globalement, on ignore vite ce genre de remarques cinglantes.

Je pense qu’il n’y a pas de donateur type, même si, dans 97% des cas, les gens commencent par nous dire « J’ai pas de sous ». C’est seulement en creusant que l’on réussit ou pas à trouver une éventuelle approbation.

Gare au découragement

Tout le monde peut donner car je pense qu’en ce qui concerne Aides, tout le monde est concerné par la lutte contre le VIH.

Certains sont peut-être plus généreux que d’autres. Ca dépend aussi de la compétence du recruteur ! Les meilleurs recrutent parfois jusqu’à 13 donateurs par jour avec un don moyen de plus de 12 €.

Mais sur certains « spots » (lieux de travail), les gens sont très pressés. Et quand personne ne s’arrête au bout d’un quart d’heure, on commence à douter de nous.

C’est le moment où il faut se ressaisir. J’apprends à tester mes limites.»

Texte : Lucie *(prénom d’emprunt) | Photo : Une femme portant la tenue des collecteurs de dons pour Aides, à Paris (Source : ONG Conseil, détail)

Avez-vous déjà été démarché dans la rue par des associations, des ONG ? Que pensez-vous des collectes de dons dans la rue ?