Après le Chat qui Pêche, c’est au tour de La Vie Enchantiée de tirer sa révérence, fin octobre. En cause : des frais de fonctionnement trop élevés pour ce haut lieu alternatif.

fermeture vie enchantiee

La Vie Enchantiée, septembre 2012 (Gwenn Chenebaud)

Loin de l’effervescence de la rue de la Soif et des bistrots branchés des Lices, à deux pas du musée des Beaux-Arts, les clients de la Vie Enchantiée profitent de l’été indien sur la terrasse.

Les habitués s’interpellent d’une table à l’autre, entament des parties de Tiers-Mondopoly, ou feuillettent le dernier numéro d’un canard décroissant.

Sur les tables, les sirops à 1€ côtoient les chocolats chauds (au lait de vache ou au lait de riz, au choix) et des pintes de bières locales dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler.

A l’intérieur, d’autres farfouillent dans les étagères de la Zone de gratuité : des étagères où chacun peut abandonner ses vieux vêtements, ses bouquins lus et relus, bref, tout ce dont on n’a plus besoin et qui pourrait faire le bonheur des autres – suffit de se servir.

 

Remplacé par un bar culturel ?

Francine travaille à la Vie Enchantiée depuis deux ans. Pour elle, la fin du bar s’aborde « sans nostalgie ».

« La décision est mûrie depuis un an et demi, on fait au mieux pour que tout le monde se sente bien. Si ce lieu est important pour les gens, ils en créeront d’autres ! »

L’établissement changera donc de propriétaire – et de style. Un proche de l’équipe évoque un bar culturel, centré sur les livres et les auteurs.

Pour Francine, rien n’est encore sûr :

« On attend que l’acheteur obtienne des prêts bancaires. Si ça marche, on fermera fin octobre, début novembre. Si ça ne marche pas, on attendra un nouvel acheteur et on restera ouvert pour payer le loyer. »

La réponse des banques est attendue en fin de semaine prochaine.

 

Un loyer trop élevé

De l’eau dans le GASE

Le GASE est un groupement d’achat collaboratif situé dans un local de la Vie Enchantiée.* C’est une sorte d’épicerie associative qui propose divers produits bios et éthiques.

A la fermeture de la Vie Enchantiée, le GASE devra se trouver un nouveau local. Si possible dans un bar rennais animé par un esprit solidaire.

Une assemblée générale avait lieu mardi pour tenter de trouver des pistes de relogement.

Contrairement au Chat qui Pêche, situé sur le quai d’en face et qui disparaîtra également ce mois-ci, ce n’est pas la construction de la nouvelle ligne de métro qui menace la Vie Enchantiée, mais des finances dans le rouge.

Francine fait partie d’une équipe de cinq, tous salariés avec contrats et cotisations en règles.

Un modèle de gestion coûteux, véritable OVNI dans le monde des bars.

Mais pour Francine, « le gros du problème, c’est le loyer ».

La Vie Enchantiée est en effet un bâtiment ancien, sur un emplacement prisé – les bords de Vilaine. Situé non  loin de République et du Liberté, il souffre toutefois d’un certain manque de visibilité.

Autre facteur non négligeable : l’établissement a fait le choix d’utiliser des produits de qualité, tout en rognant sur ses marges pour s’ouvrir à tous :

« On devrait revendre [nos produits] moitié plus chers, mais notre clientèle est composée de décroissants et de petits salaires… »

Dans le nouvel établissement, l’équipe se résumera au nouveau propriétaire et à une salariée. Pour rentrer dans ses frais, il devrait augmenter ses marges tout en choisissant des produits moins chers à l’achat.

Et vous, avez-vous déjà bu un verre à la Vie Enchantiée ? Habitués endeuillés, où irez-vous désormais ?

Texte : Julien Joly | Photo : Gwenn Chenebaud | *Disclaimer : l’auteur de cet article est lui-même adhérent du GASE.

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