Le Crédit Immobilier de France (CIF) est menacé de disparition après la dégradation de sa note par l’agence Moody’s. Une partie du personnel manifestera à Rennes la semaine prochaine.

Crédit immobilier de France  banderoles rennes

34 000

C’est le nombre de projets immobiliers financés par le CIF en 2011. « La valeur moyenne des prêts consentis était de 149.000 euros sur une durée de plus de 25 ans, pour des ménages fournissant un apport inférieur à 10% du prix d’achat et gagnant en moyenne deux smics. Il compte actuellement 424.000 prêts en cours », selon. l’AFP, citée par 20 Minutes

« L’Etat tue 2500 emplois » clame la banderole déroulée il y a quelques jours derrière les Champs Libres,sur la façade du CIF.

Soutien inopiné aux salariés de PSA ? Non, mouvement de colère des agences du CIF, établissement de prêts immobiliers spécialisé dans les foyers à revenus modestes.

Le CIF est menacé de disparaître suite à la décision de l’agence de notation Moody’s d’abaisser sa note de trois crans.

Une décision grave qui empêche le CIF de se refinancer sur les marchés, l’établissement ne collectant pas de dépôts et n’étant adossé à aucune banque.

Comment a réagi l’Etat ?

Le 2 septembre, l’Etat évite au CIF le dépôt de bilan, en lui accordant une garantie plafonnée à 20 milliards d’euros.

En contrepartie, il exige que l’établissement soit géré « en extinction », c’est-à-dire qu’il n’accorde plus de nouveaux prêts.

Par ailleurs, le dirigeant, Claude Sadoun, se voit contraint d’abandonner son poste.

« Cela met le CIF en voie de disparaître », résume Alain Giboire, responsable du service clientèle de l’agence rennaise. « C’est une OPA de l’Etat, qui a besoin d’argent et veut récupérer le nôtre. »

Claude Sadoun, ancien patron du CIF cité dans 20 Minutes, estime que « la liquidation programmée du CIF pourrait rapporter entre 1 milliard et 3,6 milliards d’euros à l’Etat. »

Résultat : jeudi, les salariés du CIF, qui emploie 2 500 personnes, manifestaient dans les rues de Paris.  Une montée au créneau pour le moins inhabituelle pour le secteur du crédit immobilier…

Pourquoi Moody’s a-t-il abaissé la note du CIF ?

Au CIF de Rennes, « on a du mal à comprendre comment on en est arrivé là. »

Selon Alain Giboire,  » le CIF est une société saine et rentable, avec 2,5 milliards de fonds propres et un encours de 33,5 milliards ».

Marc Vignaud, journaliste au Point, n’est pas de cet avis.

Dans un article détaillé paru mi-septembre, il dénonce :

« C’est oublier un peu vite que, depuis l’éclatement de la crise financière de 2008, le business model du CIF, qui ne collecte pas de dépôt comme une véritable banque, est des plus fragiles.

« Les investisseurs sont réticents à financer à court terme des établissements qui distribuent ensuite des crédits sur plusieurs dizaines d’années. À la moindre inquiétude, la liquidité se tarit (…).

Et c’est ce qui s’est produit pour le CIF quand Moody’s a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme à la lumière des risques sur le financement, justement, et d’une « faible rentabilité ». »

Lire sur Le Point.fr :  « Crédit immobilier de France : l’immense gâchis »

 

Et maintenant ?

Actionnaires et salariés ne comptent pas en rester là.

Sans le CIF, « ce sont 250 000 familles qui ne pourront plus accéder au crédit », clament des manifestants cités par l’AFP, jeudi.

Pour éviter de disparaître, les syndicats proposent que « le CIF soit adossé à la Caisse des dépôts (CDC), un acteur important du financement du logement social », Selon La Tribune, ce qui réglerait le problème du refinancement.

D’autres  manifestations régionales sont prévues la semaine prochaine, notamment à Rennes. Aucune date n’a été officiellement communiquée.

Texte : Julien Joly | Photo : Agence du CIF à Rennes, Gwenn Chenebaud

Et dans les autres villes ?
A Carcassone, une agence du CIF s’était elle aussi parée d’une banderole exprimant la colère des syndicats. « Une banderole qui n’a pas eu l’heur de plaire au préfet de l’Aude qui a transmis, hier, une lettre à l’agence la mettant en demeure de retirer cette «banderole insultante pour l’État […] dans une zone protégée par les règles d’urbanisme» », rapporte la Dépêche du Midi. « Les syndicats s’étonnent que la préfecture de l’Aude soit la seule à avoir réagi de cette manière en France, alors que toutes les agences ont affiché le même slogan. »