PORTRAIT. Charlotte Iung est une jeune artiste qui pratique le « yarn bombing »  : depuis avril, armée de ses aiguilles à tricoter et de ses pelotes de laine, elle recouvre l’espace urbain de « pulls » colorés.

Yarn bombing Rennes Charlotte Iung

Charlotte Iung parle de ses œuvres : « C’est bien que ce soit éphémère »

Comme un graffiti, mais avec des aiguilles à tricoter à la place des bombes de peinture. Grâce à Charlotte Iung, les poteaux rennais n’auront pas froid cet hiver. Idem pour les lampadaires et les abribus.

Âgée de 24 ans, Charlotte Iung vient de Conflans-Sainte-Honorine. Elle a étudié aux Beaux-Arts de Quimper pendant trois ans avant d’arriver à Rennes, où elle entame une licence 3 d’arts plastiques.

Les bouts de laine qui égayent la ville, elle les tricote chez elle avec des pelotes de récup’, avant de les coudre sur le mobilier urbain.

 

Charlotte Iung yarn bombing rennes

L’arrêt Gayeulles Piscine. Photo : Yarn Bombing Rennes


Guérilla tricot

Le « yarn bombing », la version street-art du tricot, est né au début des années 2000 et a été notamment popularisé par  la Londonienne Lauren O’Farrell. Le concept a ensuite été importé par le collectif France Tricot, basé à Paris. La pratique s’étend désormais à toute la France.

Charlotte est notamment fière d’avoir « yarn bombé » le célèbre radis géant d’Ar Furlukin, au lycée Émile Zola, à la demande de l’artiste lui-même. Un travail qui lui a pris environ deux mois, à admirer chez nos consœurs de Yegg.

Ses idées de tricot sauvage lui viennent « comme ça », en se promenant dans Rennes. « Ca dépend des endroits, du feeling… »

« Un jour, j’ai eu envie de baptiser un poteau « urinoir ». C’était dans une rue à côté de laquelle j’habitais, et les lendemains de soirées, l’odeur était horrible ! »

Les tricots de Charlotte Iung ne restent jamais en place plus d’une semaine :  « La ville les enlève, mais j’aime bien le fait que ce soit éphémère. » Et puis, « ça met de la couleur dans cette grande ville grise… »

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Charlotte Iung coud la laine tricotée sur le mobilier urbain. Photo : Yarn Bombing Rennes

Le festival Urbaines a la laine fraîche

Charlotte Iung a été invitée par le festival Urbaines pour réaliser une œuvre en tricot. Elle n’a pas encore d’idée définie mais recrute sur Facebook des volontaires pour former un projet « avec des personnes de tous âges ».

A l’origine, l’artiste a commencé le tricot… par ennui.

« Je n’aime pas ne rien faire. J’ai découvert le tricot à Quimper. Je m’ennuyais, j’ai acheté un livre sur le sujet. J’aime bien les choses lentes, pas que dans ma pratique de l’art d’ailleurs. »

« Beaucoup d’amis me traitent de grand mère avec ses chats. Ca me fait rire, d’autant plus que le tricot se « jeunise » de plus en plus. Les gens s’intéressent au « fait-main » comme alternative aux magasins. »

Un conseil pour ceux et celles qui voudraient tricoter la ville :

« Il n’y a pas de normes ou de codes, libre à eux de le faire, faut pas qu’ils hésitent ! Et puis, ça embête un peu la ville, c’est rigolo… »

En fait, le tricot, ce serait pas un peu punk ? Elle rigole : « Oui, voilà, c’est ça ! »

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La « fontaine à la tête coupée », place de de Coëtquen, Rennes. Photo : Yarn Bombing Rennes

Texte et son : Julien Joly | Photos : Yarn Bombing Rennes et Julien Joly