BD | VIDEO. Dans une une cabine insonorisée montée par le collectif belge Marcelle Lapompe , le public est invité à pousser un cri, qu’une machine transforme en mousse. Pendant ce temps, au Parlement, débarque un duo chorégraphique impliquant… une pelleteuse. Parce que c’est aussi ça, les Tombées de la nuit.

Ecume/Schuim : Au début, on n’y croyait pas trop

C’est vers 20h jeudi soir que nous nous sommes retrouvées à manger notre pique-nique devant une drôle de machine exutoire : Ecume/Schuim est un spectacle pour lequel on ne se réjouissait pas, c’est pour ça que l’on est parti du principe qu’on mangerait en même temps, un peu comme pour être sûres de ne pas être venues pour rien… et nous voilà bien surprises finalement.

Le concept : Un dispositif de « cabine » dans laquelle tout un chacun peut aller crier, de plaisir, de rage, de joie ou de colère à sa guise, et qui émet de la mousse proportionnellement à l’intensité du cri.

L’engin a attiré pas mal de monde, surtout les enfants. Bataille de mousse, nage dans la mousse, habits de mousse… les parents se prennent parfois au jeu et les jeunes ne peuvent s’en empêcher !

Un type traverse de manière totalement détachée cette mousse comme si c’était normal que la moitié de la place ressemble à une salle de bain, tandis qu’un autre en chaise roulante s’en donne à cœur joie, traversant le nuage avec son bolide quand, derrière lui, un couple repart avec pour souvenir un parapluie moussant….

Le plus drôle n’est pourtant pas de les regarder mais bien d’avoir la possibilité d’interagir avec l’installation, et d’avoir une part de responsabilité dans cette affaire. Bon, j’ai des doutes sur le fait que chaque cri produise une quantité différente de mousse, mais c’est joli d’y croire. Et puis, dans le fond, c’était surtout bien marrant de participer et de s’autoriser un élan vocal incongru au milieu d’un box au revêtement « studio ».

Après ça, pour le coup, on est allé s’en jeter une, de mousse !

Transports exceptionnels : L’amour en chantier

 

C’est à 23h que nous rejoignons le Parlement pour une drôle de ballet. Un homme avec une pelleteuse, c’est pas banal ! « Transports exceptionnels », que ça s’appelle, et c’est mis en scène par la compagnie Beau Geste.

Ca faisait quelque temps que je me demandais ce que faisait cette pelleteuse au Parlement, jusqu’à ce que je zieute le programme : « Duo chorégraphique par un danseur et une pelleteuse ».

Ça titille la curiosité ! Nous voilà donc place du Parlement, les chaussures encore un peu mousseuses. La musique se lance, assez forte, poignante, une musique d’opéra, quoi !


J’avoue, j’ai souri au début : « Mais qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de cette pelleteuse ? Certainement encore un délire d’art contemporain… »

Mais c’est joli, il fait nuit claire, la pelleteuse nous regarde avec ses « yeux » lumineux tandis qu’un homme semble l’apprivoiser. La pelleteuse bouge, et l’on n’entend pas le moteur grâce à la musique qui monte en intensité puis s’adoucit par vagues. L’homme à chemise blanche et au visage impassible se déplace tout en souplesse puis chevauche l’engin qui prend vie au fur et à mesure du spectacle. Le danseur se suspend, grimpe, roule, court et occupe l‘espace du sol au ciel.

Mince, ils ont réussi à personnifier une pelleteuse ! Je tombe des nues à la vue de la magie qui émane de cette machine : je n’aurais jamais pensé qu’une pelleteuse puisse être gracieuse (et d’ailleurs, qui l’aurait cru ?).

25 minutes de chorégraphie ont suffi à me convaincre que j’avais bien fait de venir. Jolie valse pour un transport « exceptionnel » !

Cela dit, je me pose maintenant la question chaque fois que je tombe sur des travaux publics : « C’est peut-être une performance ? »

Texte : Eni Patate | Dessins : Djoul Patate |