HUMOUR. Un blog engagé tourne en dérision le « parc naturel urbain » prévu aux prairies Saint-Martin. Retour sur les racines du projet.

Le blog envisage de publier d’autres images parodiques, par exemple sur le thème de « Saint-Martin-Plage ».

Le blog de « Hé, lecteurs à Saint-Martin ! », engagé contre la fermeture des jardins familiaux, publiait mercredi une image parodiant le projet de « parc naturel urbain » que devraient devenir les prairies Saint-Martin en 2020.

La Ville prévoit de lancer une phase de concertation sur ce nouvel espace à la rentrée . Réponse ironique du blog :

Nous proposons, en priorité, de reloger les habitants gentiment priés d’aller se faire loger ailleurs, dans un village de luxe (quatre étoiles sinon rien) sur pilotis, façon Bora-Bora.

Ensuite pour agrémenter le lieu, des lâchers réguliers de flamants roses (couleur locale) seront  proposés pour la joie de tous les Rennais. Dans ce cadre exceptionnel viendront d’eux-mêmes s’installer les éléphants (…)

A titre de comparaison, voici le visuel d’origine proposé par l’agence de paysagistes Base :

Le démarrage des travaux de réaménagement de cette coulée verte emblématique de 30 hectares  est prévu en 2014.  Coût estimé : 9,3 millions d’euros.

Sur les vues d’artistes en 3D, on peut voir des espaces verts aménagés: des nuées d’oiseaux, des vaches qui s’ébattent les pieds dans l’eau façon buffle vietnamien, sous l’œil des promeneurs ravis.

Jardins familiaux : un dossier sensible

Mais sous ces belles images se cache le dossier sensible des jardins familiaux des prairies Saint-Martin. Des générations de jardiniers cultivent en effet ces parcelles depuis le début du siècle. Il y a un an, la Ville annonçait qu’ils devraient déménager. Motifs invoqués : les inondations régulières et la pollution des sols.

En effet, une étude révèle à certains endroits la présence de métaux lourds (cuivre, zinc, plomb, mercure….) en quantités légèrement supérieures aux normes sanitaires. Une étude contestée par le collectif de sauvegarde Tous aux prairies.  Ce dernier refuse l’implantation d’un « parc ornemental » et prône l’autonomie alimentaire des citadins. En attendant la fermeture définitive des jardins, fixée à fin 2013, le collectif a entrepris d’occuper les jardins. Des banderoles rageuses fleurissent : « Libérons les terres ! »

De son côté, la Ville compte donner à l’intégralité des jardiniers de nouvelles parcelles dans d’autres zones. Et prévoit de créer en tout 257 jardins familiaux supplémentaires, de taille plus réduite, pour atteindre un millier d’ici 2014.

Thierry, un jardinier de Saint-Martin, hausse les épaules. Sa famille possédait un potager aux prairies depuis deux générations  : « J’avais 1000 m² à Saint-Martin. La parcelle qu’on m’a donnée, dans un coin aux Gayeulles, n’en fait que 200… En 2013, les jeunes [du collectif Tous aux prairies] devront partir eux aussi. »

Texte : Julien Joly | Photos : DR