INTERVIEW | PARTI PIRATE RENNES | L’informaticien rennais Benoît Evellin (à droite) fait ses premières armes en politique. Il se présente aux législatives dans la 8e circonscription d’Ille-et-Vilaine, sous le drapeau du Parti pirate.

Benoît Evellin (candidat, à droite) et Florian Strzelecki (suppléant, à gauche) sont membres du Parti pirate.

Partisan de la démocratie participative, ce mouvement promeut notamment les libertés individuelles et la transparence dans la vie politique.Le Parti pirate compte des élus en Suède (où il a été créé), en Allemagne et en Autriche.

Avec 400 adhérents formels et  une centaine de candidats, le Parti pirate reste balbutiant en France.

Benoît Evellin (candidat) Médiateur numérique, webmaster à l’Espace des sciences.
Florian Strzelecki (suppléant) Développeur.

 

 

Ne pas être tracé sur Internet, ni dans le métro

 

Que revendique le Parti pirate ?

Benoît Evellin : La démocratie participative et les libertés individuelles, en ligne ou non : circuler comme on veut, ne pas être fiché quand on prend les transports en commun, tracé quand on se balade sur internet… ça va  jusqu’aux agriculteurs qui ne peuvent resemer leur propre récolte !

Il y a également l’indépendance de la justice, la transparence de la vie politique…

Florian Strzelecki  : Mais aussi la réforme du droit d’auteur. La légalisation du partage non marchand de la culture, c’est crucial, ça touche à notre liberté d’expression.

 

« On veut changer la manière de faire de la politique »

 

Outre les libertés individuelles, quid des thèmes récurrents que sont l’écologie, l’économie, la sécurité…?

BE : Notre position sur la vidéosurveillance rejoint la thématique de la sécurité. Nous sommes aussi pour aller vers une transition énergétique…

Sur l’économie, on s’inspire d’idées comme le partage non marchand et revoir le droit d’auteur et le droit des brevets. Pour qu’un maximum de gens puisse en profiter et générer de la valeur là-dessus.

On est ouvert au débat. On veut changer la manière de faire de la politique. Un homme politique qui a réponse à tout, je ne le trouve pas crédible. Je préfère ne pas répondre tout de suite et consulter des gens qui ont les réponses, grâce à des outils collaboratifs.

 

« Interdit de briguer un deuxième mandat »

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous présenter ?

FS : Le but était de présenter quelqu’un qui porte les idées du Parti pirate, pas de se mettre en avant. D’ailleurs, le parti interdit à ses élus de briguer un deuxième mandat, il doit laisser la place aux autres !

Le Parti pirate veut “hacker” les élections. Aujourd’hui, les élus ne rendent aucun compte aux gens et ne se tournent pas vers eux quand il y a une décision à prendre. Les outils collaboratifs existent, il faut les mettre en place.

BE : On a une bonne expérience de ces outils, car on vient du milieu libriste (culture du logiciel libre et de la culture libre en général, ndlr). On est capable de travailler en réseau. On sait utiliser les outils qui permettent de prendre le temps de potasser les idées et de réagir très vite quand c’est nécessaire.

 

Un parti qui s’inspire de Wikipédia ?

 

A quels genre d’outils faites-vous allusion ?

FS : Les réseaux sociaux, notamment. Twitter, les wikis… C’est collaboratif et il est très facile de s’en servir. C’est juste une question d’habitude.

BE : Ainsi, un député du Parti pirate ne prend de décision qu’après avoir recueilli l’avis de la communauté qu’il représente. Le monde a évolué depuis 1789 !

Ce système peut-il fonctionner pour toutes les décisions ?

BE : L’appliquer à tout serait utopique. Il faut surtout développer la notion de démocratie participative. Actuellement, elle ressemble plus à une mascarade qu’à autre chose. Et les hommes politiques n’y croient pas.

La structure du Parti pirate est-elle également participative ?

BE : Toutes les décisions sont prises par wiki, mailing-list, forum… tout au long de l’année, on propose de nouvelles idées. Ça mûrit, jusqu’à l’assemblée générale, où les idées sont votées.

 

« Les gens doivent retrouver leur esprit critique »

 

Votre objectif pour ces législatives ?

FS : C’est un premier essai. Le Parti pirate pense aussi aux européennes, aux municipales…

L’objectif de base du Parti pirate est de recueillir 1% des voix sur 50 circonscriptions pour obtenir une subvention de l’Etat. Le deuxième objectif est de recueillir plus de 5% des voix dans le maximum de circonscriptions afin d’obtenir le remboursement de la campagne officielle.

Comme on débute, on apprend beaucoup sur les comptes de campagne… mais on essaye et, pour l’instant, on s’en sort plutôt bien !

BE : Nous voulons profiter de cette élection pour réapprendre aux gens à écouter, se renseigner, retrouver leur esprit critique, plutôt que de suivre ce que disent les médias.

Pourquoi le Parti pirate n’a-t-il pas présenté de candidat à la présidentielle?

BE : Il y a eu une prise de conscience de la part du Parti pirate après les résultats en Allemagne. On s’est dit qu’on pouvait y aller.
Un candidat à la présidentielle ? Ca viendra peut-être dans quelques années.

 

« Être jeune, ce n’est pas un handicap »

 

Ce qui marche en Suède ou en Allemagne peut-il être transposé en France ?

BE : Ce système marche dans des pays plus décentralisés, où le participatif apporte une nouvelle façon de faire la démocratie. On propose aux citoyens d’essayer.

Les membres du Parti pirate français sont plutôt jeunes et sans grande expérience politique, est-ce un handicap ?

BE : Être jeune, ce n’est pas un handicap. A chaque changement de régime, des gens neufs apparaissent. On a vu un ancien tourneur-fraiseur devenir ministre (Pierre Beregovoy, ndlr), ou encore un blogueur, en Tunisie. (Slim Amamou, ndlr)

 

Une campagne low-cost

 

Comment financez-vous votre campagne ?

BE : On n’est pas forcément à égalité avec les gros partis qui se présentent en face.

Je paye mes bulletins et mes affiches, et je me limite à cela pour des raisons financières. On compte sur l’écho dans la presse et on espère que les gens vont s’informer réellement sur les programmes. L’essentiel, c’est qu’on entende parler de nous, à commencer sur Internet.

Tout sera fait dans la légalité. Ce n’est pas un jeu. Même si on fait ça pour hacker les élections, un pirate, ça a un code de l’honneur quand même ! (rires)

Si vous êtes élu, quelle sera votre priorité ?

BE : Ce sera de me former à ma fonction, car un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

Je compte sur les conseils des gens qui vont partager leur savoir, sur certains sujets comme l’économie, pour me conseiller afin de prendre mes décisions dans bonnes conditions.

FS : Si un député est élu, il doit également signer la charte Anticor, qui exige notamment le non-cumul des mandats.

Ne craignez-vous pas que le Parti pirate soit amené, dans l’avenir, à s’allier à d’autres partis et faire des concessions, comme EELV l’a fait avec le PS ?

BE : A EELV, ils sont devenus politiciens. Ils font campagne pour le pouvoir. Ce n’est pas ce qu’on cherche.

FS : De toute façon, si quelque chose se fait, ce sera au  niveau national du parti. Et toute décision se prendra en communauté…

Propos recueillis par Julien Joly | Photo : Julien Joly