Hofesh Shechter est un chorégraphe, compositeur et percussionniste anglais, d’origine israélienne. Vendredi avait lieu la dernière représentation de son double spectacle « Uprising » et « In your rooms », au TNB.

 

Je fais l’expérience du noir total. Du silence d’outre-tombe. Et de la musique qui prend aux tripes. De la danse cathartique. Des frissons et du cœur qui tressaute. De la respiration en rythme avec les danseurs.

Un homme avec un t-shirt rouge danse seul dans la lumière d’un unique spot placé au dessus de lui. Il est pris de convulsions. Ses bras partent dans tous les sens. Ça me fait penser à une araignée en train de mourir sous une bombe insecticide. Quelque chose de tortueux. Mais parfaitement maîtrisé.

La musique, création de Hofesh Shechter, est sublime. Il peint son ambiance, de pleins et de vides. Les silences créent le suspens, et surgit alors un son prenant.

Sur la fin, on ressent l’ironie de l’artiste. La dernière image est celle d’un radeau de la Méduse, reconstitué par les danseurs. L’un d’eux salue le public avec un mouchoir rouge.

« Uprising », qui veut dire « soulèvement » en anglais, porte bien son nom. Je suis transportée.

Une odeur d’ambre et de musc

D’une seconde à l’autre, l’espace change. Les lumières varient de telle façon qu’on a l’impression que la scène est très petite. Ou que le plafond de la scène est très bas, et qu’il va presque écraser les danseurs, évoquant la présence divine. Question centrale de « In your rooms », le deuxième volet du spectacle.

Je n’ai que deux mots pour décrire ce que je vois : force et fluidité. C’est brut et intense. Dans l’air, il y a une odeur d’ambre et de musc. Tous mes sens sont en éveil. Même le tissu du siège a sa place sous mes doigts.

« In your rooms » est tout aussi puissant que « Uprising », avec plus de danseurs et un orchestre en arrière-plan et en hauteur.

Une forte présence féminine. Des duos tantôt-amoureux, tantôt en furie. Ils s’aiment, se rejettent. Dans le monde de Hofesh Shechter, rien ne dure. Tout est fugace. Court mais intense.

Un homme, seul, debout, dans la lumière d’un unique spot sur le devant de la scène. Il tient une pancarte avec écrit en noir sur blanc : « Ne suivez pas les « leaders ». Après un instant, il la retourne et on voit apparaitre : « Suivez-moi ». Une autre représentation de Dieu ?

Texte : Sophie Barel | Photo : Ben Rudick