Habitué du festival Mythos, Yannick Jaulin forge des histoires contemporaines en s’inspirant des contes traditionnels et du parlanjhe, langue régionale. Il jouait vendredi « Deux allers simples pour chez moi », avec le chanteur Kent.

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‘Mon métier m’a permis de me trouver’

« Depuis presque 25 ans, j’ai la chance de ne pas embaucher à heure fixe, de faire un travail qui ne m’apparait jamais comme un travail. Parfois, ça me semble compliqué, pas rassurant. Mais c’est un choix, il faut assumer et ne pas demander en plus dans nos métiers la sécurité de l’emploi comme si on était des fonctionnaires !

Ensuite, ça m’a permis de me trouver. Moi qui suis parti d’une culture identitaire, d’un travail très territorial, en fouillant le conte qui me semblait localisé, il m’est apparu qu’il est vraiment universel. Il m’a vraiment permis de descendre profondément dans ce qui était ma culture, et de rencontrer toutes les cultures du monde, les questionnements universels, les hantises, les angoisses de l’humanité. En cela, il m’a permis de me trouver, de me rencontrer.

Enfin, ce métier me donne l’impression d’une certaine utilité. Quand je suis sur scène, quand je parle à des gens, j’ai l’impression que cette parole est utile aujourd’hui, fondamentale même.

 

Sa langue maternelle : ‘Un monde qui disparaît’

C’est le parlanjhe [langue régionale parlée en Vendée]. C’est ma langue maternelle. J’ai appris le français à l’école, vers 5 ans, 6 ans. Dans ma famille, des jeunes le parlent encore, mais avec un niveau de langue qui baisse, car ce sont des langues fonctionnelles, qui existent avec l’activité économique. Comme l’activité paysanne disparaît, c’est la valeur d’usage de la langue qui disparaît avec elle. C’est la fin d’un monde, c’est la fin de mon monde.

Le parlange est à la limite de l’Oïl et de l’Oc, mais plus proche de l’Oïl malgré tout. Les langues trop proches de l’Oïl ont été pendant des années considérées comme du français déformé, ce qui est une aberration historique et linguistique. De ce fait, ce patois a été nié, considéré comme une langue inférieure, pas finie. En Bretagne, la place du gallo est emblématique, car la partie celtique de la Bretagne méprisait le gallo. Alors que la vraie Bretagne a été gallèse aussi.

 

Ce dont il est le plus fier : ‘Avoir su garder mon public’

C’est d’avoir pu garder un public pendant toutes ces années, en ayant commencé avec des contes traditionnels modernisés, assez drôles, puis d’avoir continué avec des spectacles plus exigeants, plus complexes. Et d’avoir gardé ce public.

 

Les contes et l’inconscient collectif : ‘Je suis très jungien’

J’essaie de ne pas me répéter depuis 25 ans, et je vais continuer à explorer. Ce qui m’intéresse, dans le conte, c’est la dimension archétypale, intemporelle, très liée au symbolique : le conte merveilleux est emblématique pour ça.

Je suis très jungien, et ce côté collectif, nos « caves communes », c’est ça qu’il m’intéresse de revivifier. Quant à la forme, j’ai essayé des choses très théâtrales, très musicales, et j’espère pouvoir continuer. C’est la joie de ce métier de se réinventer, avec le risque et l’émerveillement que cela procure.

 

Le défi du ‘conteur patoisant’ : ‘Un gros a priori’

Quand on commence comme conteur patoisant, c’est rédhibitoire ! Quand j’ai commencé, personne ne pouvait imaginer que je pourrais jouer dans les salles parisiennes ou faire une carrière nationale.

Conteur patoisant, c’est deux gros mots : conteur c’était ringardos, pour les gamins ou les nostalgiques du folklore… patoisant c’était la casquette, le béret et les bottes ! Et malgré ces écueils-là, j’ai réussi à me faire une place un peu atypique. Mais il y a toujours plein de gens qui connaissent mon nom et qui sont jamais venus me voir parce qu’ils se disent : « Bah, un conteur patoisant… » Il y a toujours un gros a priori.

 

La question qu’on ne lui pose jamais ?

En général, les gens me posent beaucoup plus de questions sur mes origines que sur là où j’essaie d’aller. On reste scotché sur le patois plutôt que ce que je voudrais créer avec cette langue.

Utiliser une langue différente oblige les gens à regarder le monde différemment. On ne m’interroge jamais sur la dimension contemporaine de tout ça, qui est la seule chose qui m’agite… le collectage, le patois, c’est une boîte à outils, ce que j’en fais c’est l’œuvre d’aujourd’hui, ce que je questionne du conte, dans le fond et la forme.

Propos recueillis par Gwenn Chenebaud et Aurélie Torre. Photo : Gwenn Chenebaud

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