Le conteur lorientais, accompagné de Carlos Mosai, jouera aujourd’hui son spectacle « Le début des haricots » dans le cadre du festival Mythos.

 

Pourquoi « Le début des haricots » ?

Carlos Mosai, qui m’accompagne à la musique, avait envie de faire un spectacle simple, jeune public. Quelque chose dont on n’a pas trop l’habitude : adapter des contes traditionnels, notamment des contes amérindiens, sur les origines du monde.

C’est un peu le genre d’histoires qu’on avait envie de raconter à nos propres enfants. Je trouvais que c’était des contes assez forts, qui faisaient prendre conscience de ce qu’est notre environnement aujourd’hui.

L’envie, c’était aussi de faire un spectacle qui s’adresse aux enfants en disant : « Voilà, on parle des origines du monde, mais en sortant du spectacle, vous verrez dans quel état il est maintenant. » Ce n’est pas pour faire la morale, mais ça fait prendre conscience de tout ce qu’on a eu, et de tout ce qu’on est en train de perdre.

 

Comment êtes-vous devenu conteur ?

Par accident. Je faisais des vidéos en amateur, des courts métrages que j’allais présenter à des concours.

J’avais plein d’idées, mais il y a des choses que je pouvais pas filmer parce que c’était trop fantastique, trop décalé, surtout à l’époque avec le Super 8. Comme j’étais frustré, j’ai commencé à raconter ces histoires dans les bistrots.

C’est là que j’ai été répéré par Maël le Goff, qui s’occupait de Mythos, dans les premières années du festival.

« Le conte est une profession sinistrée en Bretagne »

 

C’est quoi, être conteur, aujourd’hui ?

Je dirais que la profession est plutôt sinistrée en Bretagne. Avant, tous les dix ans, de nouveaux conteurs arrivaient. Aujourd’hui, j’ai 38 ans mais je ne vois pas de jeunes se lancer dans le conte.

Mais, pour moi, la profession est intéressante parce que les conteurs qui restent sont intéressés par la multidiscipline, ils ne considèrent plus que le conte, c’est rester assis sur une chaise.

Du coup, ils content comment ?

Yannick Jaulin a dépoussiéré cette image avec Gérard Potier et Pépito Mattéo. Ce sont les premiers conteurs qui ont commencé à faire du plateau, il y a vingt ans de ça, à dire que le conte peut être dit sur un plateau avec de la lumière, et de la musique derrière. Ils ont ouvert les portes pour ceux de ma génération.

Pour d’autres, même des amis que je côtoie, le conte ça reste toujours les korrigans… C’est très bien de raconter les korrigans, mais le conte ne se limite pas à ça.

Il y a aussi des gens qui ne viennent pas me voir parce qu’ils disent que les contes, c’est pour les enfants. Alors que j’ai lorsque j’ai commencé à conter, c’était pour les adultes !

« Il va au grenier, dépoussière sa grand-mère, et hop ! »

 

Il y a une relation particulière entre le conteur et ses histoires ?

Oui, tout à fait : je ne peux pas faire une commande. L’histoire, il faut qu’elle me plaise. Une fois, je me suis forcé à raconter une histoire, c’était un calvaire ! C’était nul.

Une histoire, il faut qu’elle te touche, qu’elle te traverse à un point… Des fois, je ne sais pas pourquoi je raconte une histoire, je ne sais pas pourquoi je l’écris, et cinq ans plus tard, je me rends compte que j’ai voulu parler de telle ou telle relation avec mon père, ma mère… c’est une sorte de psychanalyse, un peu !

 

Une histoire qui vous a particulièrement marqué ?

Toutes mes histoires m’ont marqué ! Elles sont vraiment géniales, mets-ça sur ton papier ! (Il se marre) Plus sérieusement, ce qui me marque parfois, c’est l’impact d’une histoire.

Comme le vide-mémé. C’est une histoire de grand-mère. Ça se passe dans un village de montagne, où les gens ne sortent jamais de chez eux, et tout d’un coup on comprend que c’est parce qu’ils sont tout le temps devant la télé.

D’un coup, y’a une panne d’électricité, y’a plus de télé, les gens sortent et se disent : « Putain, qu’est-ce qu’on va faire ? » Alors y’en a un qui a une idée, il va dans le grenier, il sort sa grand-mère, la dépoussière et hop ! Elle délie la langue, elle va raconter des histoires…

Ce conte m’a marqué. Quand je l’ai raconté en septembre 2002, juste après la canicule et le nombre de morts qu’il y avait eu chez les vieux… Tout d’un coup, le public, ça l’a refroidi. Ils se sont dit, « Putain, mais il est en train de nous dire qu’on a déconné cet été, quoi ! » Soudain, l’histoire n’était plus marrante, elle avait un sens politique. Ca m’a surpris.

Infos
« Le début des haricots », samedi 7 avril, 15 h, Le Cannibale (Jardins du Thabor). Tarifs : 8 € – 5 € ; Tarif VIF : 5€

Propos recueillis par Julien Joly | Photo : Gwenn Chenebaud

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