« Pan ! », c’est un joyeux télescopage du conte et de la BD.  Un western punk mâtiné de road-movie où un dessinateur frustré évacue sa colère par le biais de ses personnages. Une représentation avait lieu mercredi soir, au centre culturel de Liffré, dans le cadre du festival Mythos.

Sylvain Cebron de Lisle (conteur, à gauche) et Lionel Chouin (dessinateur, à droite), auteurs et interprètes de « Pan ! ».

 

Une facile pour commencer. C’est quoi, un conte ?

Sylvain Cebron de Lisle (SCL) : Le conteur parle aux humains sans plus d’artifices que ça. C’est différent du théâtre, le conteur raconte une histoire en restant lui-même. Dans le théâtre, on incarne quelqu’un d’autre.

Le conte, aujourd’hui, ça ressemble à quoi ?

SCL : Il y a toujours cet aspect traditionnel, avec des histoires qui ont évolué au fil du temps. Mais y’a encore du taf pour faire comprendre qu’un conteur, c’est pas un vieil instit’ à la retraite qui te raconte des histoires lénifiantes. Le conte peut avoir de la pêche ! Mythos attire plus de jeunes, d’étudiants, que les autres festivals de contes, où on voit surtout des initiés et des enfants.

Lionel Chouin (LC) : Je découvre la scène du conte par Sylvain. C’était un médium que je ne connaissais pas. Je regarde comment il se prépare, comment son texte évolue. Il utilise très peu de notes, il a tout en tête. Dans sa façon de dire le texte, on sent qu’il va chercher quelque chose, qu’il ne s’appuie pas sur une base écrite. Je ne sais pas comment travaillent les autres, mais ça, ça m’impressionne.

« Une caméra filme ce que Lionel dessine »

 

« Pan ! », ça raconte quoi?

SCL : On voulait faire un western à moitié punk. Au niveau du conte, y’a rien ou pas grand-chose sur le western. C’est  un peu tombé en désuétude, mais on a été élevé avec John Wayne à la télé. C’est censé se dérouler au début du XXe siècle. On quitte l’ambiance chevaux pour la voiture. Et puis les chevaux, c’est pas facile à dessiner…

LC : C’est un questionnement sur la création. On est dans l’atelier d’un dessinateur. Le personnage va chercher les premières idées d’un projet. Je voulais que ce soit crédible, que ça vienne sur l’instant. Quand je cherche des idées, je fais énormément de petits crobards préparatoires, je voulais rendre cet aspect.

SCL : Une caméra filme ce que Lionel dessine. L’image est renvoyée sur l’écran par un rétroprojecteur. On a compartimenté : par moment ça dessine et je fais la voix off. Et, parfois, le dessin s’arrête pour laisser place à la parole.

« Le dessinateur ne doit pas faire qu’illustrer l’histoire. »

 

Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble ?

LC : On avait travaillé sur un spectacle que Sylvain tournait déjà. On avait décidé que Sylvain incarnerait les personnages et que je dessinerais les objets. On a réfléchi à des mises en forme narratives qui s’accompagnaient ou se confrontaient, pour que le dessinateur ne fasse pas qu’illustrer l’histoire.

SCL : C’est comme travailler avec un musicien. Il faut qu’il apporte quelque chose de plus, pas qu’il fasse juste « gling gling » derrière. J’avais déjà participé à des contes à bulles sur des festivals de BD, j’en étais sorti frustré.

Vous allez continuer à travailler ensemble ?

LC : Oui, déjà avec ce spectacle, qui évolue au fil des représentations.

SCL : J’aimerais bien retravailler avec Lionel, peut-être sur un autre thème… je voudrais scénariser une BD une fois dans ma vie. Je me rends compte, maintenant, du travail énorme que ça représente pour un dessinateur.

Propos recueillis par Julien Joly. Texte sous licence CC | Photo : Gwenn Chenebaud

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