Fin de la trêve hivernale : les migrants hébergés par le Dal 35 doivent quitter les logements réquisitionnés. Soutenus par les militants, certains refusent de partir.

Le jour n’est pas encore levé, mais ils sont déjà là. Ils sont debout depuis 5 h. Cela fait plusieurs nuits que les militants du Dal 35 se rassemblent rue du Poirier-Nivet.

Aujourd’hui, ils sont quinze à guetter l’arrivée des forces de l’ordre, censées venir déloger les migrants recueillis par l’association. Yannick, membre du Dal 35, affirme :

« Sur 50 personnes, il en reste 20 dans le logement. Certains ont déjà vécu le traumatisme d’une expulsion. On est là pour exprimer notre désaccord, mais on ne résistera pas physiquement. »

Ces « logements » sont en fait des pavillons promis à la démolition, « réquisitionnés » par le Dal 35. Y vivent des migrants sans abri, souvent d’origine mongole. Chaque pièce, pas plus grande qu’une chambre d’étudiant, accueille une famille. Certaines avec des enfants.

« Les enfants sont scolarisés. On va essayer de les reloger sur Rennes pour qu’ils puissent continuer l’école. Pour les autres, c’est le retour à l’errance, aux logements d’urgence. »

Avec la fin de la trêve hivernale, l’îlot de répit des migrants s’est transformé en bombe à retardement. La police peut intervenir n’importe quand pour faire évacuer les lieux. De préférence tôt le matin, selon le Dal 35. « Pour plus de discrétion » et « pour être sûr que tous les occupants sont bien là. »

Incertitude

Vers 6h30, une camionnette arrive. Fausse alerte : c’est un militant qui apporte le café. Il est accueilli comme le Messie.

300

C’est le nombre de personnes logées par le Dal 35, dans 11 réquisitions.

Juliana, journaliste à Canal B (dont les locaux sont juste à côté), passe interviewer le petit groupe. Des gens trompent l’attente en plaisantant : « Mais que fait la police? »

Dans la grande maison, les fenêtres s’éclairent une à une. Des visages asiatiques passent furtivement. Une femme passe la tête dehors, grille une clope. Sur les vitres, les décos de Noël sont encore collées.

Enfin, le jour se lève. L’intervention de la police ne sera pas pour ce matin ; l’alerte est levée. Pour combien de temps ?

Texte et Photo : Julien Joly

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