A 23 ans, je n’étais jamais allée en boîte de nuit. Je ne me doutais pas que le dépucelage serait si douloureux, et que je finirais à la rue, sans sac et trempée de la tête aux pieds.

1h00 J’arrive sur les lieux avec des amis. Première surprise : il faut faire la queue pour rentrer. Comme au supermarché, sauf qu’on se les gèle. Vingt personnes nous doublent en toute impunité, sous le regard du videur, plus intéressé par les décolletés des clientes que par la chasse aux resquilleurs.

1h30 Enfin rentrées, après que le videur m’a demandé ma carte d’identité (bon, j’ai l’habitude, je ne vais jamais dans les bars sans elle). On passe à la caisse. Prix d’entrée : 14 €, la moitié d’un plein de courses pour une étudiante.

Juste après, j’entends un employé glisser au caissier : « Fais les places à 19 € ! » Pas de bol pour le groupe juste derrière moi, qui doit sortir 5€ de plus. J’ignore toujours ce qui justifiait cette soudaine augmentation.

1h40 Nouvelle surprise à la consigne : les prix varient selon les objets. Par exemple, un gros sac, c’est 5 €. Total pour deux personnes : 12 €.

Échange de regards avec une amie : « Tu es sûre que tu veux continuer ? » De toute façon, maintenant qu’on a payé l’entrée..

Musique douteuse et garçons qui collent

1h45 On accède au dancefloor. Alors, première impression : « Le prix d’un concert… pour écouter de la musique de merde ? »

 Après, il paraît :

  1.  Qu’on va pas en boîte pour la musique, mais pour danser.
  2.  Que c’est plus facile quand on est alcoolisé.

Sauf que je ne bois pas. Dommage, parce que j’ai une consommation offerte avec mon entrée. La conso gratuite reste donc planquée dans mon soutien-gorge (réflexe anti-pickpocket de base).

2h Autour de moi, les garçons tentent de coller les filles comme des moules à leur rocher. Pendant toute la soirée, je repousse les assaillant avec mes petits bras musclés. A côté de moi, un couple se croit visiblement dans un film érotique (vu la tête du garçon, ce n’est pas complètement simulé). Je suis partagée entre le rire et le dégoût.

Malgré mon taux d’alcoolémie au ras des pâquerettes et ma totale ignorance des morceaux qui passent, les amis aidant, on finit quand même  par s’amuser. Jusqu’à ce que…

« On a donné vos sacs à quelqu’un d’autre ! »

4h On décide de rentrer chez nous. Problème : mon amie ne retrouve plus le ticket de la consigne. Il faut attendre la fermeture de la boîte pour récupérer nos biens. Une pancarte précise que la direction n’est pas responsable des affaires perdues ou volées. Je me dis que vu le prix, nos affaires ne risquent rien de toute façon. En attendant, les clés de l’appart sont dans le sac. Coincée à la boîte.


6h30.
Délivrance ! Je vais enfin pouvoir récupérer mon sac et rentrer dormir. Et là, c’est le drame. « Désolée, on a donné vos affaires à quelqu’un d’autre ! » Je comprends qu’on s’est fait voler nos tickets, nos sacs, et par-là même tout leur contenu, dont :

  • Les clés de mon appart,

  • Mes papiers avec l’adresse de l’appart,

  • Mon portable,

  • Une pochette champignon, ma plaquette de pilule et mon mediator fétiche récupéré à un concert de Ben Harper.

7h On se retrouve donc à traverser Rennes, seules, sans rien sur le dos. Car le voleur a également pris soin d’emporter nos manteaux, nos pulls et les chaussures de ville de mon amie (qui, du coup, rentre pieds nus).

Alors, toi, le mec qui as volé mes affaires, sache que je suis prête à négocier : tu gardes ma pochette champignon et ma plaquette de pilule… mais si tu pouvais juste me rendre mon mediator de Ben Harper, ce serait cool. Deal ?

 Texte : Sophie Barel | Photo : Gwenn Chenebaud