Marie-Laure Colas, 24 ans, est la fondatrice d’Octopousse, un site qui propose aux internautes de financer des projets innovants et locaux en échange de « contreparties originales ».

Le crowdfunding s’installe à Rennes! Ces sites de financement participatif se multiplient sur le web. Le principe : des créateurs avec peu de moyens présentent leurs projets (film, spectacle, action humanitaire…) aux internautes. Si ces derniers sont emballés par l’idée, ils peuvent participer à son financement.

Octopousse, c’est quoi?

C’est une plateforme qui permet aux porteurs de projets de proposer leurs idées et de récolter des fonds auprès des internautes, un peu comme My major company, à la différence que les porteurs de projets vont proposer des contreparties, comme des cadeaux.

Qui finance les projets?

Ca va d’abord toucher le cercle familial et les amis proches. Puis le projet va toucher les amis des amis et, au fur et à mesure, va se développer. Au final, on va voir des personnes totalement inconnues qui vont financer le projet car elles en ont entendu parler par Facebook, par Twitter, par mail…

Qu’est ce qui motive les internautes à donner?

Souvent, c’est la contrepartie offerte. Il faut que les Internautes sentent qu’ils ont quelque chose en retour, qu’ils ont une importance parce qu’ils créent une relation avec le porteur de projet.

C’est le porteur de projet qui définit la contrepartie. Pour Ty Coiff’ Bus, par exemple, on avait droit à une coupe ou un coffret de shampooing.

Vous êtes combien dans l’équipe?

Au début, j’étais toute seule. Puis  j’ai eu la chance de rencontrer Yoann Le Roscouët, mon associé. On s’est entendu tout de suite, il m’a aidé à faire évoluer l’idée.

Quel est votre parcours?

J’ai une formation en droit international. Yoann a étudié l’histoire de l’art et la sociologie à Rennes. On n’est pas des commerciaux.  Avant Octopousse, on n’avait jamais fait de business plan!

« On ne rentre pas dans les cases »

Vous avez rencontré des difficultés pour créer ce projet?

Actuellement, 19 projets sont passés par la case Octopousse. Parmi eux, 6 ont atteint leur objectif de collecte.Dont deux rennais : le groupe Les Trois Fromages et le projet artistique et solidaire Des Mots contre les Maux. 3 projets n’ont pas réussi à décoller.

On a eu du mal à avoir un accompagnement. On est allé voir plusieurs banques, non pas pour obtenir des prêts, mais pour mettre en place un moyen de paiement en ligne. Mais le financement participatif est encore peu connu en France et les banques ne comprenaient pas trop le projet ni le modèle économique. Beaucoup de banques m’ont avoué qu’on ne rentrait pas dans leurs « cases ».

Alors, je suis passée devant un jury pour faire partie de l’incubateur Produit en Bretagne à l’ESC de Brest. Je pense que les vraies difficultés vont arriver maintenant, à présent qu’on a besoin d’argent et de négocier pour les prêts.

Quel est votre modèle économique?

On prélève 7% du montant sur les projets qui arrivent à se financer. On est encore à l’état de projet, Octopousse fonctionne sous mon statut d’auto-entrepreneur. Après, c’était pour simplifier les choses, pour tester l’activité, voir si on pourrait un jour en vivre. On va évoluer vers une SAS, mais qui respectera les codes de l’entreprise solidaire définis par le Code du travail.

« Rennes a une dynamique culturelle importante »

Vous venez de Commana et avez étudié à Brest. Pourquoi vous installer à Rennes?

J’adore Brest, mais Rennes est un point plus stratégique. C’est beaucoup moins excentré, plus proche de Paris, de Caen, de Nantes, même de Bordeaux. De plus, Rennes a une dynamique culturelle importante, plus marquée qu’à Brest, ce qui permet de trouver des porteurs de projets beaucoup plus facilement.

On travaille avec rennes Atalante, qui nous accompagne et nous fournit du conseil, du réseau, de l’écoute, par exemple si on a besoin de faire le point sur notre business plan.

« Solidarité régionale »

Des sites comme Ulule et Kiss Kiss Bank Bank sont aussi basés sur le financement participatif. Qu’est-ce qui vous différencie?

On ne touche pas les mêmes personnes, on se positionne entre les deux. On met en avant le côté « solidarité régionale ».

Comment ça?

On est vraiment ancré dans la Bretagne. On joue sur la proximité entre le porteur de projet et les gens, car on a plus tendance à aider son voisin que quelqu’un à l’autre bout de la France ou du monde, même si ça peut arriver…

On l’a bien vu avec Ty Coiff’ Bus (un projet de salon de coiffure itinérant, ndlr). A partir du moment où son projet est arrivé sur notre plateforme, il a été financé en 48 heures, car les gens ont vu qu’il se passait quelque chose dans le voisinage et ont voulu l’aider.

Quelle relation avez-vous avec les porteurs de projets?

Je leur conseille à tous de me demander comme amie sur Facebook. Ils me posent des questions pendant la journée, ou m’invitent à boire un verre pour parler du projet.

Je m’investis car ça se voit qu’ils ont envie de faire quelque chose, qu’ils ont une idée derrière et que ce ne sont pas gens qui cherchent à avoir des financements sans réel projet. Même si je ne suis pas toujours fan de ce qu’ils font, j’arrive à apprécier les projets du fait qu’ils réussisent à partager leur passion.

« Le crowdfunding est une réponse à la crise »

Le développement du crowdfunding signifie-t-il que les aides publiques ou les prêts bancaires ne suffisent plus à se « lancer »?

Ce n’est pas qu’il y a moins d’aides publiques, mais il y a plus en plus de porteurs de projets. Les aides augmentent, mais pas suffisamment. On peut faire musique chez soi, on peut faire des expos photos parce qu’on a accès à plus de matériel…

Le crowdfunding se développe aussi en réponse à la génération de la crise économique: les gens ont envie qu’il se passe des choses…

 

 

Texte: Julien Joly | Photo : Gwenn Chenebaud